LES  CARTES  POSTALES

A  THEME

E N   B E A U C E

 

"Plaine infinie, plaine infiniment grande.

Plaine infiniment triste, sérieuse et tragique.

Plaine dans un creux et sans un monticule.

Sans un faux pas, sans un devers, sans une entorse.

Plaine de solitude immense

Dans toute son immense fécondité".........

                                                                                            Charles  PEGUY

La Beauce : est une région de la France située au sud de Paris - Elle s'étend sur les départements du Loiret, de l' Eure et Loir, de l' Essonne et des Yvelines - La Beauce se délimite par Maintenon dans le nord, Châteaudun dans l'ouest, Orléans dans le sud et Malesherbes pour l'est - La Beauce, est un vaste plateau qui forme une partie du Bassin parisien d'altitude moyenne de 130 à 200 mètres.

La Beauce est traversée par plusieurs rivières dont certaines y prennent leur source : la Juine, l'Essonne et le Loir - La Beauce se prolonge au sud-ouest par une région nommée "Petite Beauce", essentiellement dans le Loiret et Cher, entre la vallée du Loir et la vallée de la Loire en Dunois, Vendômois et Blésois.

Habitée depuis l'antiquité, les premiers habitants de notre plaine chassaient dans les fourrés dont elle était recouverte : broussailles, ronces, épines et quelques arbres isolés en constituaient la végétation, les forêts naturelles étaient situés sur le pourtour.

Nos ancêtres y ont marqué leur présence par de nombreux mégalithes, dolmens, menhirs, polissoirs..., dont quelques uns subsistent encore sur les pentes d'anciennes vallées devenues sèches, mais aussi parfois en plaine.

On y trouve encore des haches de l'époque néolithique taillées ou polies, des lames, grattoirs, poignards, scies, pointes de flèches - De l'époque gallo-romaine, sont conservés des mortiers, molettes, meules servant au broyage des céréales, des amphores, des plats, des vases en terre cuite, des statuettes.

Le pays Carnute s'étendait sur la Beauce actuelle, Chartres en était la capitale, Orléans et Blois en dépendaient également.

La dénomination de notre région, d'après les textes anciens, fut tout d'abord "Ceriri Belsiane" au IIIème siècle puis ; "Belsa", Blesia" en 1096 ; "Belsia" en 1125 ; "Beaussa" et "Biausse" en 1250 ; "Beausse" en 1730 - Enfin, seule l'orthographe fut modifiée, pour devenir "Beauce".

Les Carnutes, aux longs cheveux, à l'allure farouche, tinrent tête longtemps aux Romains - Ils ne s'inclinèrent devant ces puissants envahisseurs qu'après de durs combats - Commandé par les chefs qu'ils s'étaient désignés, ils investirent Genabum, l'actuelle Orléans, et massacrèrent les Romains qui s'y étaient installé et qui pillaient tous leurs biens - En punition, César fit brûler la ville puis ses troupes ravagèrent la Beauce.

La Gaule conquise, les Romains se mirent à défricher faisant bâtir de belles fermes appelées "villas" ; la terminaison de nombreux villages en "ville", le rappelle : Janville, Outarville.... - Puis, à la paix romaine succéda une période de violences et de ruines - Les invasions Barbares dévastèrent notre région, les populations s'enfuirent, la broussaille reprit sur les terres incultes, pendant quelques temps - De nouveau, le défrichage repris et, Tivernon, où de nombreuses trace de l'époque romaine apparaissent encore, se trouve dans la partie de la Beauce défrichée avant 1100 - En 1300, la Beauce était entièrement cultivée.

Au temps de la féodalité, la terre appartenait en grande partie aux églises et aux couvents - Les seigneurs se la disputaient entre eux, certains étaient redoutables et sans pitié pour les pauvres paysans, les serfs.

Puis ce fut la guerre de Cent Ans - Les Anglais occupèrent la Beauce vers 1428, mais durent en repartir après le siège d'Orléans à l'issue de la victoire des armées de Charles VII - Jeanne d'Arc, à la tête des troupes, encourageant les soldats, libéra la ville le 8 mai 1429 - Patay fut le théâtre d'un combat au cours duquel l'armée anglaise fut anéantie.

Après une longue période de paix dans notre plaine, le XVIème siècle fut marqué par les guerres de Religions et les épidémies - La population fut décimée, certains villages perdirent presque totalement leurs habitants - Des villages comme Santilly et Ruan, furent particulièrement touchés - Le bourg de Cercottes était encore en ruines en 1441.

Les moulins Beaucerons furent détruits car, ils servaient de lieux de retranchements - Quand de nouveau la paix fut retrouvée, les terres laissées en friches furent enclavées - Les nobles et les éclésiastiques remirent leurs domaines en valeur - Les bourgeois et les officiers, progressivement, regroupèrent des terres qui devinrent leur propriétés.

De nombreux écrivains, d' Emile Zola, Semailles, à Charles Péguy, La Beauce, ainsi que de nombreux auteurs régionaux, tel C. Marcel Robillard, Gaston Couté, Maurice Hallé, ont glorifié la Beauce.

"Les ailes du moulin tournent dans l'air d'octobre - Sur la Beauce rasée en une ligne sobre - Des îlots de verdure et des meules de blé - Dressent le voeu puissant d'un village isolé - Et, broutant les regains par troupeaux innombrables - Les moutons lourds lainés regagnent leurs étables - Le vieux moulin de bois sur son socle penchant - De ses ailes de toile écorche le couchant - Il est le Dieu vivant de la plaine fertile - Et l'émerveillement des enfants de la ville - Sur l'immense étendue, interminablement - Il broie à chaque tour un monceau de froment - Et des charrois gonflés de ses lourdes moutures - Traversent le tapis variés des cultures - Poursuit ton rythme lent et sûre volonté - En abattant l'orgueil du ciel illimité ! - Des meules ont fondu sous tes dents, botte à botte - O vieux moulin de Beauce, erreur des Don Quichotte ! - Des chimères ont pu s'accrocher aux clous d'or - Qui viennent, chaque nuit, fixer ton bleu décor - Mais toi, moulin vibrant des forces que tu crées - Tu sais les faire choir des voûtes azurées - Et ton ardent tic-tac qui moud l'heure et le grain - Au rêve du poète ajoute un peu de pain" - "Les Dieux Cachés " d' Edmond ROCHER - édit° de l'Acropole - Paris.

Une nouvelle période de misère s'installa en Beauce au début du XVIIème siècle - En 1625, la peste fit rage à Toury en Beauce qui alors abritait 800 âmes - La peste fit 37 victimes en automne 1626 et, 78 en automne 1631 - La vie devenait difficile, les maladies, la famine, le feu, les loups faisaient des ravages parmi les populations - En 1661, ce fut la grande famine - Entre 1650 et 1685, plus de 150 personnes furent tuées par les loups au nord de la Beauce, et au sud, en forêt d'Orléans, les lieutenant de "louvetterie" et les paysans tuèrent 200 loups en 1697.

Jusqu'en 1789, les paysans beaucerons ne devaient utiliser que la bêche et la fourche - Les grandes propriétés seules, pouvaient utiliser la charrue attelée de vaches ou de quelques chevaux - La loi interdisait de couper la moisson à l'aide de la faux - Il fallait donc se servir seulement de la faucille - Les paysans ne devaient ramasser le chaume qu'après ordonnance de police - Le chaume servait de nourriture aux gibiers que les seigneurs voulaient chasser aussi longtemps qu'ils le désiraient.

Les paysans de Tivernon, sur le "cahier de doléances", demandaient "qu'il ne soit permis aux gardes-chasses des seigneurs et aux seigneurs eux-mêmes, de ne chasser qu'après la moisson faite, et tous les grains rentrés parce qu'ils font des dégâts considérables".

Après la Révolution, vers 1800, les paysans purent commencer à utiliser la faux - La noblesse, qui possédait un tiers des terres avant la Révolution, en avait encore un quart en 1814, mais vers 1850, elle avait presque abandonné tout ses biens.

Les terres furent acquises par la bourgeoisie des villes - Les plus gros fermiers en profitèrent aussi pour agrandir leurs domaines - Les petits artisans et ouvriers achetèrent aussi quelques petits lopins de terres.

Pour la plupart des petits paysans, la fortune laissée aux enfants état bien modeste : une maison, un lit et quelques habits - Il y avait des pauvres, des mendiants dans les familles nombreuses - Les enfants allaient mendier aux portes des fermes, faisant souvent un long chemin chaque jour pour trouver leur nourriture - La vie des vieux, était difficile - Chez les pauvres, la tuberculose ou la maladie, apportait la misère.

Mais, on ne connaissait plus la famine et tant que l'on pouvait "gagner son pain", on n'était pas trop malheureux - Les enfants étaient employés très tôt - A douze ans, on était déjà "marmittons" ou "bonnes", à seize ans, les garçons tenaient les mancherons de la charrue - Une évolution se réalisait lentement, la suppression des jachères, appelées "francs-guerêts", permis l'augmentation du cheptel grâce aux prairies artificielles.

Déjà, à la fin du siècle précédent, l'agronome beauceron Duhamel du Monceau de Pithiviers, avait fait appliquer les résultats de ses recherches et contribua beaucoup à l'amélioration des rendements.

Le grain était toujours battu au fléau, mais vers 1850, les premières machines à battre, furent d'abord utilisées dans les grandes fermes de la région de Chartres - Les Beaucerons étaient très attentifs et assez réceptifs aux nouvelles façons de cultiver - Les rendements du blé de 12 hl. en 1800, atteignaient 20 hl. au milieu du siècle.

Vers 1850, le troupeau de moutons doubla, de même, que le nombre de vaches laitières - Le fumier produit en grande quantité contribua à l'augmentation des rendements - La seconde moitié du XIXème siècle, fut marquée par une diminution des emblavements de céréales au profit de cultures nouvelles, comme la pomme de terre et la betterave à sucre.

Mais..., en 1870, notre plaine de Beauce fut le théâtre de sanglants combats - L'armée prussienne y trouva une résistance acharnée de l'armée française - L'ennemi incendia Châteaudun, puis, le 9 novembre, ce fut la bataille de Coulmiers qui permit la libération d'Orléans par les troupes françaises - Mais, le 2 décembre, les combats de Loigny se terminèrent par notre défaite et marquèrent le tournant décisif de ce conflit.

Le soir de cette terrible bataille, 3 500 soldats français jonchaient le sol de Beauce.....

La Beauce, est un pays solide qui n'est pas à l'abri des crises, mais qui a jusqu'ici, défié les débâcles - La santé morale de la population y est bonne, et c'est le principal ; tout le reste finit toujours par s'arranger.

Les villages beaucerons aux maisons groupées autour de leur clocher, paraissent posés sur la plaine - Mais, quand on s'en approche, une impression de puissance et d'austérité s'en dégage - Les maisons aux pierres de taille, sont bien proportionnées - Souvent, une cour fermée est la caractéristique de l'habitat beauceron - Un grand portail d'entrée en permet l'accès et se détache des murs par sa hauteur - C'est le seul passage des hauts chargements de gerbes et des allées et venus des attelages et des troupeaux - Les deux battants de bois se refermaient le soir sur le silence de la ferme - A côté, percée dans le mur, une petite porte à un battant permettait les passages du personnel de la ferme - Beaucoup de maisons portaient sur leur pignon, une treille aussi profitable qu'agréable.

Le costume traditionnel de Beauce : "Le Bliaud" ou "Blaude" deviendra par la suite "la blouse" - C'est une sorte de tunique de dessus et, détail important, pour les deux sexes - En drap de futaine ou en toile, il était porté long par les femmes, retenu à la taille par une ceinture, et comportait des manches longues et évasées - Pour la commodité de leurs travaux, hommes des champs et artisans, portaient souvent un bliaud court, s'arrêtant au genou - Souvent fendu devant, les pans en étaient retroussés dans la ceinture pour permettre la liberté de mouvement des jambes, soit pour enfourcher l'âne, le mulet ou le cheval, soit au cours de certains travaux des champs, l'été, pour les passages des rivières à gué, etc...

Quand le paysan ou l'artisan avait quelques argent à transporter sur lui, paiement d'un travail, achat ou vente de bétail ou de récolte, ce qui était peu fréquent, puisqu'il ne possédait que rarement une bourse, il serrait alors les précieuses pièces dans un pan de son bliaud qu'il nouait ensuite - Cette coutume se perpétua très longtemps sous la forme du mouchoir à carreaux noué sur l'argent durement gagné dans l'année ou la "saison", par l'ouvrier agricole ou l'artisan - Les manches du bliaud d'homme étaient étroites et longues pour la commodité du travail et la protection des bras.

La blouse, en toile plus ou moins fine, était de couleur noire ou bleue - Anciennement brodée d'ornements blancs au col, elle était fermée par un bouton et par une agrafe de cuivre à chaînette sur la poitrine avec en plus, une rangée de petits boutons, tantôt noirs, tantôt blancs, visibles ou cachés sous un ourlet.

Les braies - Les unes étaient longues, serrées à la cheville ; les autres, courtes étaient retenues sur les reins par un cordon à coulisse appelé "brayer" ou "brayel", d'où "braguette" - Elles étaient portées par les deux sexes - Elles consistaient d'abord en une sorte de caleçon de toile par les chausses retenues aux braies par des cordons - Plus tard, on fera la distinction entre braies et chausses en nommant, haut-de-chausses la culotte et, bas-de-chausses les bas et les chaussettes.

Les chausses, sorte de bas moulant la jambe, étaient faites souvent d'étoffe de laine non foulée pour garder sa souplesse et travaillée dans le biais - Les chausses de femmes s'arrêtaient au genou, maintenues par des jarretières - Les chausses d'hommes étaient retenues, nous l'avons dit, aux braies par des cordons - Quelquefois, semellées de cuir, elle faisaient office de bottes.

Les paysans, bergers, voyageurs, portaient sur les chausses des "heuses" ou "houseaux, sorte de guêtres montant jusqu'aux genoux où, elles étaient fixées par des liens.

La limousine, était une sorte de manteau à pèlerine taillé dans une étoffe grossière de laine ou de poils de chèvres tramée sur chaîne de coton, le droguet.

La cape ou mante, venue l'approche du froid et des intempéries, les Beauceronnes du même temps revêtaient l'ample pèlerine à capuchon noire, pouvant aisément recouvrir une coiffure ou un bonnet - La grande cape ou mante, était confortable et solide.

Le fichu, de forme carré, se pose sur les épaules, plié en double, de façon à former dans le dos deux pointes d'inégale longueur dont la plus basse est fixée à la taille.

Le châle, en général, multicolore, noir, tabac ou grenat, avec ou sans effilés, alternait, selon la saison, avec le fichu de laine blanc, noir crème ou de couleur foncée - Il protégeait largement le corps et se croisait sur la poitrine, retenu par une agrafe ou une simple épingle droite ou à ressort.

La casquette, les principaux type de casquettes en furent : la casquette dite à rabat, en drap ou en fourrure, conçue pour protéger éventuellement les oreilles ; la casquette plate à visière de cuir ; la casquette haute, cylindrique, souvent en soie et, la casquette ronde.

Le bonnet de coton, ou "câline", coiffure de nuit traditionnelle, il fut aussi, dans nos campagnes beauceronnes, une coiffure de jour qui disparut comme telle qu'à la fin du siècle dernier - C'est en cela qu'il ressortit à notre folklore du vêtement - Communément porté pendant de longues années en milieu rural aussi bien dans le travail qu'à la maison, le bonnet de coton survécut en Beauce comme partout approximativement, jusqu'à la guerre de 1914-1918 et, souvent par les gens âgés.

Le chapeau d'homme, la seconde moitié du XIXème siècle vit se substituer au chapeau de feutre souple à larges bords, un modèle plus réduit, à la calotte ronde et aux rebords rigides, plus étroits que ceux du précédent - Seul le chapeau de feutre souple, en alternance avec la casquette, selon le temps, coiffait l'homme qui travaillait à la terre - Mais l'été faisait régulièrement apparaître le chapeau de paille ou de jonc fabriqué hors de la Beauce et vendu partout, jusque chez certains épiciers de villages : c'était, par excellence, le chapeau du moissonneur.

Les fermes de Beauce : Dans les grandes fermes, les bâtiments formaient un quadrilatère au centre duquel était entassé le fumier des animaux - Le logement des fermiers faisait face au portail d'entrée - Les granges que l'on remarquait par leur grande hauteur contenaient le fourrage, la paille, la balle, les betteraves pour la nourriture du bétail, le coupe racines -

Les bergeries où logeait le troupeau étaient partagées par des murs et communiquaient entre elles - Une plus grande contenait la troupe, une autre servait à loger les agnelles, une troisième pour l'engraissement des agneaux, et une quatrième pour l'engraissement des brebis à réformer.

L' écurie, dans laquelle trônait une bonne douzaine de forts chevaux Percherons, servait aussi de dortoir aux charretiers - Les lit étaient superposés et suspendus au plafond - Construit en bois, une paillasse de balle d'avoine, en occupait le fond.

Le toit à porcs, appelés "thêt à cochons", n'était que de quelques mètres carrés pour engraisser les deux ou trois porcs, base de la nourriture des ouvriers de la ferme - Dans l'étable dénommée "thêt aux vaches", trois ou quatre vaches étaient là pour fournir le lait - Le poulailler, les niches à lapins étaient installés dans de petits bâtiments, parfois dans de simples appentis.

Le puits, près du manège tourné par un cheval, alimentait en eau potable les abreuvoir aux chevaux, les baquets aux moutons et l'eau de la maison - Quelques fermes se complétaient d'un colombier - Un hangar ouvert sur la cour abritait les charrettes tombereaux et la batteuse - Les charrues et herses étaient rangées dans le fond de la cour.

La récolte des céréales était entassée en meules rondes "chaumiers", alignées derrière la ferme - Le silo de betteraves fourragères était souvent auprès des meules de paille battue.

Assez souvent, dans les grandes fermes isolées, une rangée de grands ormes abritait du vent de la plaine la partie ouest des bâtiments.

Les métiers de Beauce : Dans le village même, quelques commerces donnaient de l'animation dans le bourg - Le cafetier  qui tenait en même temps l'épicerie, le bureau de tabac, le boulanger avec la bonne odeur de pain venant du fournil tout proche, le boucher-charcutier, constituaient les principales boutiques de ravitaillement -  La marchande de poissons frais passait avec sa voiture à bras, un chien l'aidait à tirer son chargement - Une fois par an, le marchant de drap passait dans le village - Les blanchisseuses venaient une fois par semaine, pour faire la lessive dans les fermes, on disait "essanger" - Certaines couturières, installées dans le village, allaient coudre à domicile dans les fermes la journée.

Pour les accouchements, une sage femme venait à domicile - Les médecins de l'époque n'étaient jamais demandés pour la circonstance.

Le coiffeur rasait la barbe, coupait les cheveux, taillait la moustache et la barbe - Les vieux disaient le "perruquier" - Le maçon entretenait et réparait les maisons.

Le bourrelier, en pantalon et veste noire de courtil, portant tablier de cuir, travaillait assis sur un tabouret devant une table basse avec pince en bois à gouttière entre les jambes et qui servait à maintenir les morceaux de cuir - Il magnait aussi l'alène, faisant des trous dans lesquels il passait le fil poissé, enduit de suif, à l'aide de grandes aiguilles droites ou courbes - Il réparait ainsi les flancs des colliers ou des selles, tous les harnais, les brides, les dossières, les sous-ventrières, les portes-traits, les licols, les longes, les cuirs des hauts de fléaux - Il allait une fois par an dans les fermes pour entretenir ou réparer tout ce matériel - Cela se faisait de fin juin jusqu'à la moisson.

Le charron fabriquait entièrement les charrettes, les carrioles, tombereaux, herses en bois, brouettes etc. - Il effectuait parfois de la menuiserie, des tables, des bancs, des boites à pain, des placards - Le grand jour pour le charron était le recerclage des roues - Cette opération se faisait souvent avec le maréchal ferrant, on disait : "rechâtrer".

Le menuisier fabriquait des lits de coins, les hautes armoires, les buffets en chêne ou en merisier, souvent offert à l'occasion d'un mariage par les parents.

Chez le maréchal ferrant, la forge était un peu le lieu de rencontre du village pour les hommes - Les charretiers venaient faire ferrer leurs chevaux - L'odeur de corne brûlée se répandait alentour - Les cultivateurs venaient voir si leur charrue était réparée... - On trouvait toujours un prétexte pour aller à la forge, surtout quand le temps ne permettait pas d'aller aux champs - Un vieux venait faire "rebattre" une binette - Quand le maréchal "rebattait les socs", la cour de la forge résonnait du martèlement discontinu et rythmé.

Un sabotier fabriquait les sabots de bois de hêtre - Il les teignait en noir ou les vernissait - Le tueur de cochon était itinérant - Il venait à vélo avec son attirail dans un panier sur le porte bagages fixé sur le devant - Les tondeurs de moutons arrivaient en mars dans les fermes - La tonte se faisait aux ciseaux et, il fallait terminer le cheptel le plus rapidement possible - C'était un travail pénible  - Le cantonnier coupait à la faux l'herbe sèche des accotements - Il faisait des "saignée" pour faire couler l'eau, il creusait et entretenait les fossés - Les compagnons allaient de fermes en fermes, de villages en villages, cherchant du travail "baluchon" sur le dos accroché au bout d'un bâton - Ils parcouraient ainsi des dizaines de kilomètres.

Le facteur qui portait une blouse bleue ou une pèlerine, un képi à cocarde tricolore et un sac de cuir au dos, faisait sa tournée à pieds, parcourant une vingtaine de kilomètres par jour pour distribuer le courrier à domicile, même le dimanche, sauf, le 14 juillet - Le tonnelier réparait les fûts et en faisait de nouveaux - Le marchand de vin livrait à domicile les pièces de vins rouge, du petit gris d'Orléans, que l'on additionnait toujours d'un peu d'eau.

Une fois par an, l'alambic ambulant s'installait près du village - Il y restait plusieurs jours - Chacun, tantôt avec sa brouette ou le cheval attelé à la carriole, apportait une ou plusieurs pièces remplies de fruits fermentés, principalement des prunes, dans ce coin de Beauce - On remportait la "goutte", eau de vie faisant plus de 70° - Certains y passaient de longs moments, la dégustation était gratuite et parfois bien tassée.

Un colporteur, avec sa boîte sur le dos, haute d'un mètre et lourdement chargée, proposait du fil, des aiguilles, du papier à lettre, des enveloppes, des crayons, des plumes et porte-plumes, des almanachs, calepins agendas, des romans populaires, des images d'Epinal - Quand il était fatigué par la marche, il s'arrêtait, appuyant sa boîte sur son bâton.

Le marchand de peau de lapins venait lui aussi à pied avec une petite hotte - Il se faisait annoncer en chantant : "Peaux de lapins....Peaux !" - Il achetait les peaux de lapins non sans en discuter toujours le prix avant de donner une petite pièce.

Le sourcier offrait ses services quand il fallait creuser un puits - Sa baguette de coudrier tenue en arc des deux mains par un mouvement vers le sol le conduisait à l'emplacement où il devait y avoir un débit suffisant - Le puisatier se mettait alors à l'oeuvre, aidé de deux ou trois ouvrier - C'était une tâche aussi délicate que dangereuse - Le maçon intervenait pour terminer l'ouvrage, en construisant la margelle sur laquelle le charron forgeron avait entre temps, posé le treuil en bois à manivelle de fer, ainsi que la chaîne d'autant plus longue, que la nappe était profonde.

Tous les mois avait lieu la "paye du lait"- Le maître laitier venait au café où les cultivateurs se rendaient pour chercher l'argent correspondant aux livraisons.

L'instituteur était sans doute l'homme le plus respecté et considéré dans la commune - Il cumulait les fonctions de secrétaire de Mairie, rendait de nombreux services aux habitants et se chargeait des démarches auprès des institutions départementales.

Le notaire  d'un village voisin tenait une permanence, un après-midi par semaine dans une petite salle du café - Le maire, le curé, l'instituteur, les notables de la commune étaient respectés de tous, peut-être chacun à leur manière, bien que les idées politiques ne soient pas toujours convergeantes - Le curé, habitait le presbytère, connaissant tous ses paroissiens, il participait à leur joie et à leur peine, lesquels lui confiaient, très souvent, leurs problèmes de vie privée - Au début du siècle, après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, en 1905, le curé défendait et partageait son influence avec l'instituteur - Quelquefois, curé et instituteur coopéraient pour le bien de tous.

La compagnie des sapeurs pompiers, avait en service une pompe à bras - Elle était alimentée, en cas d'incendie, à l'aide de sceaux d'eau que se passaient à la chaîne les habitants, après avoir puisé dans la mare - La mare dans un village était essentielle, aussi bien en cas d'incendie, que pour abreuver les troupeaux - Certains villages en possédait plusieurs - Elles étaient souvent curées, chacune à leur tour au cours des étés secs, après que les pompiers aient puisé le reste d'eau.

De 1920 à nos jours : Après la grande guerre, de 1914-1918, d'où de nombreux hommes ne revinrent pas, la vie au village ne fut plus tout à fait comme avant - Certes, traditions et fêtes étaient respectées, mais lentement, une évolution, tant sur les méthodes de travail que dans la vie quotidienne, se fit sentir.

Les veillées disparurent peu à peu, la fréquentation des cafés diminuait régulièrement, l'électricité, la T.S.F., les bicyclettes et les premières automobiles, en furent la cause - Puis, en 1939, de nouveau la guerre éclata - Après l'offensive allemande de mai 1940, ce fut l'exode, les populations du nord et de l'est de la France, fuyant devant les troupes ennemies, traversèrent la Beauce.

La population de notre région se joignit à ces tristes convois - Après avoir libéré dans les plaines, les vaches et la basse-cour, elle partait avec tout ce que chacun pouvait emporter, chargeant charrettes, voitures et bicyclettes sous les bombardements et mitrailles - Mais, la plupart  ne réussi à franchir la Loire - Tous les ponts ayant été minés et détruits - Après plusieurs jours de désolation, ce fut le retour vers les villages abandonnés - Enfin, en août 1944, les troupes alliée chassèrent l'ennemi de notre plaine -

Après l'armistice de 1945, la vie reprit ses droits, pendant quelques années celle-ci ressembla beaucoup à celle qui précédait le conflit - De nombreuses fêtes étaient organisées, des kermesses, des bals, des concerts de variétés.... - Cela dura quelque temps, puis l'évolution des conditions de vie bouleversa et bouscula les dernières traditions - Vers 1950, un changement s'opéra progressivement dans les fermes beauceronnes - Le travail manuel remplacé par la machine, eut pour conséquence la disparition de nombreuses petites fermes, des derniers saisonniers, des ouvriers agricoles - Beaucoup de jeunes quittèrent les villages pour la ville - La boulangerie, l'épicerie, le café fermèrent leurs portes dans les petits bourgs - La fête patronale n'eut plus lieu - Les regroupements scolaires conduisirent à la fermeture des écoles dans biens des cas.

Cependant, un regain d'intérêt semble apparaître pour les fêtes traditionnelles - Le 14 juillet est l'occasion de rassembler les gens dans les villages, ce qui remplace la fête du pays - Les "anciens", se rencontrent et jouent aux cartes autour d'un verre, souvent dans les locaux de l'ancienne école - La population de nos villages, qui après avoir fortement baissée, se stabilise - De nombreux citadins viennent passer les fins de semaines et leurs vacances, dans des maisons libres devenues leurs propriétés, ils y trouvent l'espace, le calme et l'air pur - Les chasseurs aiment particulièrement l'automne - En effet, la moisson est terminée, le blé est rentré, la paille engrangée seul, dans cette vaste étendue, le gibier s'offre à l'oeil aguerrit du maître et de son chien.

Aussi, pour ceux qui savent l'admirer selon les saisons, et la comprendre, notre terre de Beauce a encore sa poésie.

De vieilles croix de fer forgé sont toujours là, aux carrefours des chemins.... - Quelques moulins à vent, que l'on ne veut plus laisser mourir, font encore tourner leurs ailes au dessus des champs de blé.... - De vieux ormes plus que séculaires, isolés dans la plaine ou sur le bord d'un chemin, se dressent majestueusement et semble régner sur cette immensité.

Paysans qui restez sur cette terre, gens des villes qui venez vous y reposer ou vous y promener, rendez hommage à ces hommes qui ont fait de notre belle plaine de Beauce le "Grenier de la France".

Bibliographie : En Beauce, Serge Dufour, édit° Publi-Team en 1980 - Les Moulins de la Région, Dany Lemelin, Michel Petit, Muguette Rigaud, Jacqueline Chollet et Michel Lelait, édit° du Cercle des Cartophiles du Loiret en 1998 - En Beauce, "Cartoliste", Dany Lemelin, édit° du Cercle des Cartophiles du Loiret en 2002 - Dolmen et Menhirs en Loiret, Eure-et-Loir et Loir-et-Cher, Muguette Rigaud, édit° du Cercle des cartophiles du Loiret en 2002.

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