LES  CARTES  POSTALES 

A  THEME

Les  MOULINS  A  Vent

 

Moudre les grains pour les utiliser dans l'alimentation humaine et animale, fut toujours une préoccupation majeure de l'homme - On utilisa d'abord deux pierres, l'une contre l'autre, puis, une pierre ronde roulante dans une pierre creuse - Ensuite, ce fut le pilon dans le mortier - Le moulin circulaire manuel ne cessa de s'améliorer, "le moulin à bras", fut créé le jour ou un anonyme imagina d'introduire le grain par le centre percé de la meule supérieure.

L'énergie nécessaire pour actionner ces meules provenait d'abord d'hommes ou d'animaux attelés - Ce furent "les moulins à sang" - La première mention de "Moulin à Vent" remonterait aux années 634 - 644, en Orient.

L'enjeu des moulins à farine "moulins bladiers", a toujours été d'une grande importance - Jusqu'à la Révolution française, la plupart des moulins étaient "banaux", c'est à dire qu'ils appartenaient aux nobles ou aux religieux et que chacun devait y faire moudre son grain moyennant redevance.

La Révolution abolit ce privilège et les biens des seigneurs et du clergé ayant été confisqués, nombre d'anciens ouvriers meuniers purent racheter les leurs.

Les moulins représentaient aussi des points stratégiques car ils permettaient l'alimentation des populations et nombreux furent fortifiés - La farine étant plus difficile à conserver que le grain, il y eut longtemps des moulins mobiles aux armées, armées napoléoniennes, ou sur les bateaux aux long cours.

Et pourquoi pas un moulin sur un navire à voiles ? - En effet, le 1er août 1785, Jean-François de Galaup, comte de la Pérouse, part pour une expédition de découverte avec deux frégates, la "Boussole" et, "l'Astrolabe", celle-ci, munie sur la dunette, d'un moulin à vent, que le capitaine de vaisseau Fleuriot de Langle, y a fait installer.

Lorsque d'Entrecasteaux part de Brest, le 29 septembre 1791, à la recherche de l'expédition La Pérouse avec les frégates "la Recherche" et "l'Espérance", il fait équiper ces deux navires de moulins à vent.

On peut également citer " la Grande Françoise", en chantier au Havre pendant douze ans, de 1521 à 1533 - Ce géant avait cinq mâts et quatre hunes - Il comportait, entre autres, une forge, un moulin à vent, une chapelle et même un jeu de paume - Détruit par une tempête en 1533, ce géant des mers qui devait transporter mille cinq cents à deux mille hommes, ne sortit jamais du port.

En France, les premiers "Moulins-Pivots", apparaissent dès le XIIIème siècle - Les "Moulins-Tours", se multiplient à partir du XVème siècle.

Le MOULIN-PIVOT ou "chandelier" - entièrement charpenté en bois, il pivote pour chercher le vent - On le trouve encore en Beauce, dans le Loiret et dans différentes autres régions.

La base, le pied, est en bois, il est fixe - La base supportant le poids du moulin doit être très solide - Sa fabrication consiste à mettre deux poutres, en forme de croix, encastrées l'une dans l'autre à l'horizontale sur quatre murets de pierres - Le charpentier installe au milieu le pivot, un important tronc d'arbre appelé le "bourdon" ou "l'aiguille", tenu et renforcé par huit étais, appelés "biens", qui, étant fixés à chaque extrémité des deux poutres, maintiennent le pivot solidement dans la position verticale.

La cage, partie travaillante, installée sur ce pivot, tourne à l'aide de la queue, une impressionnante poutre très longue fixée sous le plancher de la cage et qui sort à l'extérieur - Elle permet d'orienter le moulin pour la mise au vent, car le meunier doit toujours avoir le moulin face au vent, son équilibre étant très fragile - La queue sert aussi à soutenir l'escalier qui donne accès au moulin - La cage comprend trois étages, dont deux servent principalement pour le travail du meunier.

Premier étage - On y accède par l'escalier extérieur - Il est traversé par le pivot, dont le bout renforcé d'un disque de bronze s'encastre dans la partie principale de la charpente - Pour donner un bon équilibre à la cage autour de son pivot, le moulin n'est pas fixé par son milieu - Le poids des ailes et des meules le déséquilibrerait - Le pivot repose bien plus vers l'avant afin que l'arrière établisse le contrepoids - Le travail qui s'y effectue consiste à récupérer la farine qui tombe des conduits pour remplir les sacs.

Deuxième étage - Il est composé d'une partie du système permettant le travail, la pelote ou la lanterne, l'axe et les meules - C'est donc la partie principale où l'on fait la farine.

Troisième étage - Il comprend l'arbre, les ailes, le rouet avec son cerceau qui l'entoure pour le lâcher ou l'arrêter, et un engin à tirer le blé qui reçoit le mouvement de ce rouet.

Le MOULIN-TOUR - Seule la partie supérieure du moulin, celle qui porte les ailes, tourne sur une maçonnerie.

Le MOULIN-CAVIER - C'est à la base que s'effectue le travail des meules.

Fonctionnement du moulin - Les Ailes - Les ailes sont légèrement inclinées par rapport à la verticale pour mieux recevoir le vent - Elles ont des planches articulées et réglables - Le meunier doit s'assurer qu'elles soient toujours face au vent - Pour cela, il se sert de la queue - Les ailes sont fixées sur l'extrémité extérieure de l'arbre tournant - L'arbre tournant - Il sert de pièce maîtresse qui transmet le mouvement à la machinerie pour le deuxième étage par le rouet - Le rouet - Grande roue avec des dents de bois appelées "alluchons", montée perpendiculairement sur l'arbre qui entraîne la lanterne ou la pelote.

La lanterne ou la pelote - La lanterne est constituée de deux pièces de bois rondes où sont fixés une dizaine de fuseaux - Elle est installée sur l'axe par son milieu et sert à l'engrenage - La pelote - C'est une pièce de fonte dont le contour est formé de dents servant aussi à l'engrenage - La lanterne, ou la pelote, fixée en haut de l'axe, appelé "gros fer", se fait entraîner par le rouet et, à son tour, entraîne l'axe.

L'axe - L'axe est installé dans la position verticale - Il est composé de deux parties : gros fer, le haut, et petit fer, le bas - Les deux étant emboîtés l'un dans l'autre forment un ensemble qui, entraîné par la lanterne ou la pelote, fait tourner la meule supérieure, dite tournante, fixée à l'extrémité de l'axe à l'aide d'une pièce de fer - L'axe se termine en pointe et s'appuie sur le palier, pièce de bois - Cette pièce permet à l'axe de tenir la meule suspendue.

La trémie et l'auget - Le meunier verse le blé dans la trémie d'où il s'échappe par son orifice inférieur - Le blé tombe dans l'auget, petite auge inclinée qui conduit le blé dans l'ouverture de la meule tournante appelée "oeillard" - L'axe de fer, carré à cet endroit, va à la rencontre de l'extrémité de l'auget, le heurte à chaque passage de ses quatre coins et le fait reculer.... - Ces petites secousses laissent glisser le blé de l'auget entre les meules.

Les meules et leur fonctionnement - Les meules, striées, sont enfermées dans un tambourl'auget laisse tomber le blé - Ces meules sont au nombre de deux : celle d'en haut appelée tournante, ou courante, et celle du bas, fixe, appelée dormante ou gisante - Cette dernière est traversée en son milieu par l'axe central qui y tourne librement - Les meuniers rapprochent ou éloignent les meules selon la finsse de la farine qu'ils désirent obtenir - Les deux meules se différencient ainsi : la dormante, ou gisante, en bas, forme un cône en relief ; la tournante, ou courante, en haut, en forme un autre en creux - En position de fonctionnement l'une au dessus de l'autre, la hauteur jusqu'au centre va en s'agrandissant - Les meules sont si près l'une de l'autre qu'il n'y a que la distance voulue pour éviter qu'elles se frottent sur la partie la plus basse - La meule tournante élance le blé du centre vers le milieu du cône où il se brise - Elle chasse ensuite la farine vers les bords - La farine tombe par des conduits, dans la huche au premier étage d'où elle passe au bluteau, ou bluterie, composé de cylindres entoilés qui tournent et servent à la cribler pour la consommation humaine, avant la mise en sac.

Dans un moulin, rien n'est lassé au hasard - La moindre planche ou pièce de fer porte un nom qui, d'un département à l'autre peut changer.

Les Ailes entoilées - Ce type d'ailes fut répandu de la Normandie à la Champagne - Huit toiles étaient déployées par vent faible, tous les trois ou quatre barreaux, elles étaient passées derrière l'un deux - Les ailes étaient revêtues d'une forte toile ou drap dont le meunier pouvait faire varier la longueur déployée suivant la vitesse du vent - Etant à terre, il enroulait plus ou moins la toile pour réduire la surface exposée au vent - Il faut considérer la tâche quotidienne du meunier garnissant les ailes communes de huit toiles, et les ôtant le soir, les surveillant, modifiant leur surface - Au repos, chaque toile était entortillée sur elle-même en un long boudin et serrée contre la verge.

Les ailes mécaniques - Vers 1840, un "constructeur-mécanicien" construisit un système d'ailes nouveau, connu sous le nom d' "Ailes Berton" - Le procédé de M. Berton consiste dans la substitution, aux toiles qui garnissent les volées, d'un assemblage de planchettes mobiles, au moyen desquelles on peut faire varier à volonté la surface exposée au vent.

Partout où les toiles doivent être mise en place puis ôtées, le système Berton triomphe, entraînant très souvent une modification structurelle importante des modèles traditionnels.

Quand le moulin est à l'arrêt, les ailes étant resserrées, on n'aperçoit qu'une longue planche recouvrant les bords des ailes, les scions - Au contraire, quand le moulin tourne, ailes déployées, il présente au vent, quatre rectangles de fines planches, au lieu des ailes entoilées d'antan.

Le système Berton est donc un procédé qui évite au meunier la double nécessité quotidienne de vêtir puis dévêtir son moulin - C'est en un sens un grand progrès, une économie de temps et d'effort, ce qui explique son immense succès.

La Chanson du meunier : musique de André Chenal :

    "Près de la route d'Orléans - Je possède un moulin rustique - Il me vient de mes grands parents - Et c'est mon héritage unique - Mais je ne suis pas envieux - Et plus que les grands de la terre - Dans mon moulin, je vis heureux - Et là je nargue la misère.

     Tourne, tourne, mon vieux moulin - Tourne gaiement sur la colline - Ta meule  moudra la farine - La farine blanche du pain - Qui fait le sang du genre humain.

    C'est là que je vis jour et nuit - A côté de la meule ronde - Je préfère son joyeux bruit - A tout le vacarme du monde ! - Par ma lucarne sans façon, - J'aime à contempler la campagne - En chantant gaiement ma chanson - Que la voix du vent accompagne.

    Tourne, tourne, mon vieux moulin.......

    Ses ailes tournent à tous vents - Ainsi que beaucoup de cervelles ! - Mais ces têtes là bien souvent - Font moins bonne besogne qu'elles ! - C'est ma farine qui nourrit - La campagne ainsi que la ville - Si je suis humble.... un "petit" - Je ne suis pas un "inutile"....

    Tourne, tourne, mon vieux moulin......

    C'est lui le dernier survivant - De tous les moulins du village - Puisqu'on ne veut plus maintenant - De ces vestiges d'un autre âge... - Des vans, des fléaux, des moulins - Adieu l'époque si joyeuse .... - La vapeur moudra tous les grains - Triés déjà par la batteuse !

    Tourne, tourne, mon vieux moulin......

    Quand j'aperçois sur le chemin - Malgré qu'on soit pas bien riche - Des pauvres gueux tendant la main - Vite, je leur taille une miche ! - Quand on est à l'abri du vent - Et du froid, et de la misère... - Il faut penser que bien souvent - D'autres manquent de tout sur terre !

    Tourne, tourne, mon vieux moulin......

    Si l'on me trouve un beau matin - Mort dans mon linceul de farine, - Qu'on m'enterre sous mon moulin... - Ce sera le mieux, j'imagine - Là, sans remords et sans souci, - Oublieux des peines cruelles - Je dormirai bien, à l'abri - De la croix blanche de ses ailes !"

Bibliographie : Les Moulins de la Région, Cartoliste, Moulins à vent, Moulins à eaux des départements 28 - 41 - 45, 1998, Cercle des Cartophiles du Loiret.

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