COMMUNES DU LOIRET

COMMUNE - BEAUGENCY

 

Beaugency - 45190 - Chef - Lieu de Canton

Habitants - Les  Balgentiens

1876   1 364 hectares   4 466 habitants
1891   ""   4 313 habitants
1911   1 364 hectares   3 532 habitants
1921   ""   3 250 habitants
1931   1 364 hectares   3 502 habitants
1954   1 645 hectares   4 052 habitants
1962   ""   4 401 habitants
1975   1 645 hectares   6 534 habitants
1990   ""   6 917 habitants
1999   1 645 hectares   7 106 habitants

Distance de Paris : 147 kilomètres - Distance d'Orléans : 26 kilomètres

Cours d'eau - Fleuve : La Loire - Ruisseaux : Le Ru - La Mauve

Beaugency - Variante orthographique : Baugency - Baugencis - En 1790, Beaugency, était chef lieu de canton, pour ne plus en bouger - Saint-Firmin et Saint-Nicolas étaient deux prieurés-cures dépendant de l'abbaye de Beaugency - Par décret du 15 juin 1791, Beaugency ne compte plus qu'une paroisse sous le vocable de Notre-Dame, desservie dans l'église "ci-devant collégiale" et qui comprend tout le territoire des anciennes paroisses de Saint-Nicolas et Saint-Firmin - Au XVIIème siècle, les hameaux de Vernon, Val de Loire et Villorceau dépendant de la ville de Beaugency ont chacun leur rôle d'impôt - Vernon se rattachait à la paroisse de Saint-Michel et Val de Loire à celle de Saint-Firmin.

On peut lire dans les Recherches Historiques sur l'Orléanais de l'abbé Patron de 1870 ce qui suit :

"Beaugency, ce village est situé à 26 kilomètres d'Orléans, sur la Loire et sur le chemin de fer de Paris à Nantes et à Bordeaux - Cette ville le penchant d'une colline et l'extrémité d'une fertile vallée, qu'arrose le  Ru, avant de se perdre dans la Loire -  Son territoire, composé de 1 621 hectares, produit de bons vins, des fruits et  des céréales".

"Dans les anciens titres, Beaugency porte deux noms : "Castrum de Balgency ou Balgentiacum et municipium quod vocatur Braytolium" - Le premier nom indique la forteresse placée sur l'éminence qui domine les lieux bas, désignés par "municipium Braytolium", la cité de Braytels".

"L'existence d'un tumulus, les médailles des premiers empereurs romains et les débris de constructions romaines trouvés à Beaugency, le nom de César attaché à la grosse tour du château, assignent à cette ville une haute antiquité".

"Autrefois, Beaugency était entouré de murailles, flanqué de tours, de bastion, et protégé par le château et ses fortifications, qui s'étendaient jusqu'au pont de la Loire - Les moyens de défense qui pouvaient exister dans les premiers siècles n'ont pu protéger la ville contre les fureurs d'Attila, en 451, les ravages d'Odoacre en 480 et les invasions des Normands au IXème siècle - Ce qui reste de la tour du Change, du donjon, de la tour de César et d'une ancienne porte, attestent l'importance des fortifications de Beaugency".

"D'après les historiens la Saussaye, Lemaire et Pellieux, l'histoire des seigneurs du château commencerait dès l'année 580 ou 671 - A une époque incertaine, Simon, seigneur de Beaugency, en reconnaissance de la guérison qu'il obtint par l'intercession de Saint Firmin, 1er évêque d'Amiens, se déclara "vassal et homme-lige" de Saint Firmin, chargea sa tour de Beaugency et sa châtellenie de 20 sous et une obole de cens annuel envers l'église d'Amiens, donna à la même église, les fiefs et arrière-fiefs du faubourg porte Vendôme, la dîme et le rouage de Beaugency, droit payé au seigneur pour l'entretien des routes,  un cierge du poids de cent livres, présenté pour la fête de Saint Firmin, de la maille ou médaille d'or, qui, jusqu'en 1793, fut chaque année, dans l'église de Saint-Pierre-le-Puellier d'Orléans, décernée à l'écolier en droit le plus distingué de la nation Picarde".

"Ces droits de l'église d'Amiens sont rappelés dans l'acte de 1122, par lequel Raoul, seigneur de Beaugency, rend hommage à Enguerrand, évêque d'Amiens - Dans les savantes études de M. Bimbenet, sur les écoles et l'université d'Orléans, on peut lire d'intéressants détails sur la maille d'or, et sur Simon, seigneur de Beaugency".

"Avant et après cette époque, les seigneurs de cette ville étaient puissants, riches, et souvent redoutables à leurs voisins - Ils possédaient jusqu'à 300 fiefs formant 80 paroisses, se disaient sires de Beaugency et ne relevaient que du roi".

"Le premier seigneur de Beaugency connu dans l'histoire, apparaît en 980 sous le nom de Landry-Sore ou Lancelin - Ses successeurs sont :  Lancelin II, Lancelin III, Raoul 1er, Simon II, Lancelin IV, Jean II, Robert de Courtenay, frère de Pierre de Courtenay, petit fils de Louis-le-Gros, Simon III, Raoul II - Ce dernier vendit sa baronie au roi Philippe-le-Bel, en 1291, moyennant 5,400 livres de pension viagère, se réservant durant sa vie la jouissance du château et des jardins qui en dépendaient - A dater de cette époque, les rois de France possédèrent le château de Beaugency - Mais ce château royal ne put défendre la ville contre le prince de Galles en 1367, ni contre les nouvelles armées anglaises en 1411 et en 1428 - L'année suivante, Jeanne d'Arc avec le duc d'Alençon, reprenant Beaugency, mettait fin à la guerre désastreuse des Anglais"

"La triple invasion des protestants fut encore plus terrible que celle des Anglais : la ville fut livrée au pillage par le prince de Condé - Les protestants y exercèrent de telles cruautés que le capitaine de la Noue disait : "Ce fut comme s'il y eu un prix de proposé à qui pis ferait" - En 1567, ils terminèrent leurs ravages en mettant le feu à toutes les églises".

"Pendant la Ligue, Beaugency resta fidèle à Henri III et à Henri IV - L'université d'Orléans fut transportée dans ses murs, en reconnaissance de cette fidélité - Cette faveur ne rendit point à la ville de Beaugency son ancienne prospérité - Elle ne put se relever des désastres causés par les invasions et par les ravages de la Réforme".

"Dans le XIIème siècle, il s'est tenu deux conciles à Beaugency : le 1er en 1104, où fut absous Philippe 1er, qui avait encouru l'excommunication par son mariage avec Bertrade de Montfort ; le second en 1151, où fut rompu le mariage de Louis-le-Jeune avec Eléonore d'Aquitaine, à cause de la parenté".

Les monuments, ainsi que les églises et chapelles attestent l'antiquité et l'importance de Beaugency, dès les temps les plus reculés".

"Le château le plus ancien doit remonter à l'époque qui a précédé l'invasion des barbares du Nord - Celui qui existe encore fut bâti par Dunois en 1440".

"La Grosse Tour, s'élève sur un tertre qu'on peut appeler "tumulus", puisqu'en 1830, on y trouva des squelettes en grand nombre - La tour a 72 pieds de long, 62 de large et 110 d'élévation au dessus du tertre de 20 pieds de haut - Elle refermait une chapelle et, dans l'embrasure d'une fenêtre, un oratoire où l'on voit encore des peintures - Cette tour est un donjon du XIème siècle - Son état de ruine date du Vendredi Saint de l'an 1567 - En ce jour où les protestants "détruisirent ce que la piété de leurs pères avait de plus sacré", dit un auteur contemporain, les flammes des églises portèrent des étincelles sur la grosse tour qui prit feu - Ce qui en reste rappelle encore son ancienne splendeur".

"La tour de l'horloge, dite autrefois Tour de Change, date du Moyen-Âge - C'était la Porte Vendômoise".

"L'hôtel de Ville est un monument remarquable orné de figures et de sculptures d'un bon style de la Renaissance - Il fut bâti avec les restes des matériaux destinés à la construction du palais de Chambord".

Dans un pavillon isolé se trouve la bibliothèque, composée à son origine des livres de l'abbaye de Beaugency et du château de Montpipeau En 1799, une partie de ces livres fut transportée à la bibliothèque d'Orléans".

"Eglises et chapelles : Dès l'époque mérovingienne, deux églises s'élevèrent à Beaugency : l'église Saint Etienne, de style roman primitif, occupée par un prieuré de bénédictins - Elle existe encore, dans son ancien état, dépourvue de tout ornement - L'autre église, sous le vocable de Notre-Dame, fut l'église d'un chapitre de chanoines réguliers portant le titre d'abbaye - Elle est aujourd'hui l'église paroissiale".

"La fondation de cette église, d'après le manuscrit du Père Dumoulinet, chanoine en 1777, est attribuée à Simon, seigneur de Beaugency en 570 - Au VIIIème siècle, Charles-Martel donna l'abbaye au seigneur de Beaugency, Lorrain de Chaffin - Au XIème siècle, des chartes portent donation en sa faveur - Au XIIème siècle, Yves de Chartre donna aux chanoines la règle de Saint Augustin - En 1642, le père Faure réforma ce chapitre et lui adjoignit les chanoines réguliers de Sainte Geneviève - Brûlé en 1567 par les protestants, le couvent fut reconstruit en 1646 - L'église avait également été livrée aux flammes - La toiture et les voûtes ont succombé, mais les murs et les piliers solides, de l'architecture romane des XI et XIIèmes siècles, restèrent debout".

"En 1793 les bâtiments furent vendus à des particuliers, et l'église transformée en temple de la Raison - Elle fut rendue au culte et à la paroisse, en 1795".

"L'église Saint Firmin dont il ne reste que la tour, du style du XIIIème siècle, datait d'une époque très ancienne - En 1189, Archambault, seigneur de Villesiclain, surnommé "Pire que Loup", donna un muid de blé de rente à cette église, qui fut érigée en paroisse en 1467 - La petite flèche du grand clocher date de 1530 - Sous l'église existait la crypte très ancienne de Saint Avoye".

"La chapelle Saint Nicolas fut érigée en paroisse en 1471, ce qui nécessita la construction d'une église qui fut terminée en 1479 - La paroisse fut supprimée en 1790 et l'église vendue en 1791, puis démolie entièrement" - Outre ces quatre églises, on comptait onze chapelles à Beaugency, y compris la chapelle de la grosse tour et celles des deux couvents".

"La chapelle de Saint Thibaut, chapelle de l'hospice, porte encore les modillons à figures grimaçantes du commencement du XIIème siècle L'hospice est plus ancien que la chapelle - Il comptait trois aumôniers au XIIème siècle".

"La chapelle Saint Lazarre de l'hôpital des lépreux, remonte au XIIème siècle - Les biens de la léproserie furent donnés à l'hospice en 1699".

"Chapelle de Sainte Madeleine et de Saint Gentien - En 1201, Jean, seigneur de Beaugency, bâtit une chapelle sous le vocable de Sainte Madeleine et de Saint Gentien, contre l'église du chapitre - Il fit sous la chapelle un caveau de sépulture, pour lui et sa famille - La chapelle fut détruite en 1660, mais le caveau doit exister encore - On y entrait par la porte du pont, à droite en sortant de la ville".

"La chapelle Saint Michel était au milieu d'un grand cimetière très ancien - Elle fut détruite en 1864 et remplacée par un abattoir".

"La chapelle Notre Dame des Aides était également chapelle d'un cimetière qui existait depuis le XIIIème siècle - En 1792, elle fut vendue et démolie, et fit place au chantier de M. Philippot Billard".

"La chapelle Saint Jacques était un sanctuaire, situé sur le pont, au lieu occupé aujourd'hui par une croix - Elle fut démolie en 1767".

"La chapelle Saint Georges est la chapelle du château transformé en dépôt de mendicité - On voit encore en ce château, le petit oratoire orné de peintures où vint prier Jeanne d'Arc".

"La chapelle de Saint Claude était à Vernon, paroisse qui dépend de Beaugency et qui possède aujourd'hui une église et un curé".

"Au XVIIème siècle, deux couvents furent établis à Beaugency : le couvent des Capucins en 1615, celui des Ursulines en 1629 - La première pierre de la chapelle des Ursulines, bâtie sous le vocable de Sainte Marie des Anges, a été posée le 21 avril 1700, par M. Regnard, chanoine de Sainte Croix d'Orléans - La révérende mère Saint Michel, Françoise Houmain de Corbeilles, était alors supérieure du monastère".

"La ville a conservée quelques restes du Moyen-Âge - Un certain nombre de vieilles maisons ornée d'anciennes sculptures entre autres les quatre évangélistes en bois sculpté, sur l'ancienne maison du prieur de Saint Etienne".

"Les Hommes remarquables de Beaugency sont : Jacques Lablée, littérateur, né en 1751 - Pellieux, auteur d'une "Histoire de Beaugency", éditée en 1798 - Charles, célèbre physicien de l'Académie des Sciences, né en 1746 - Aignan, Etienne, né en 1773, occupa en 1815 le fauteuil de Bernardin de Saint Pierre à l'Académie Française, et mourut en 1824".

"Au delà du pont, il existe une fontaine d'eau minérale ferrugineuse, découverte en 1787 - Les armes de Beaugency sont fascé d'or et d'azur de quatre pièces semées de fleurs de lys de l'une en l'autre".

"Statistiques : Au XVIIIème siècle, Beaugency avait les titres de comté, de prévoté, de baillage ; possédait un grenier à sel, était le chef lieu d'une élection de l'intendance d' Orléans - On comptait 6 000 habitants dans cette ville".

"En 1869, Beaugency compte 5 029 habitants  y compris ceux des hameaux de Garambaut, des Tuileries, des Gibaudières, de la Mothe, de Fins, de Missoury et de la Soulaye, situés à la distance de 1 à 3 kilomètres".

"Les paroisses limitrophes sont : Villorceau, Vernon, Messas, Baule, Lailly, Tavers - A Beaugency, il y a : juge de paix, notaire, huissier, brigade de gendarmerie à cheval, perception, enregistrement, caisse d'épargne, distilleries d'eau de vie, tanneries, commerce de vin, vinaigre, grain, farine, bois - Foires : 1er février, 25 mars, 1er mai, 22 juillet, 1er septembre, 31 octobre, 2ème samedi de juillet pour les laines".

"L'église, est classée parmi les monuments historiques - Son 1er patron est Notre Dame, le 2ème, Saint Firmin - Elle a 68 mètres de longueur sur 22 mètres de largeur et peut contenir 2 000 personnes - Le cimetière est à 400 mètres de l'église, le presbytère et à 100 mètres - La chapelle des Ursulines est ouverte au public, ainsi que celle de l'hospice".

"Il y a un bureau de Bienfaisance, un hospice desservi par 6 soeurs de la Présentation, un dépôt de mendicité, desservi par 6 soeurs de la même congrégation, une société de secours mutuels pour les ouvriers, une école primaire communale, une école libre et un pensionnat pour les garçons - Les écoles primaires pour les filles et le pensionnat sont chez les dames Ursulines - Une salle d'asile est tenue par une institutrice".

"Il y a des reliques de la Vraie Croix, des Saints Firmin, Fuscien, Gentien, Victoric, Pérégrin et Victor, martyrs ; de Saint Sevère".

"Curés : MM. Reuilly en 1803, Chatelain en 1822, Breton en 1826, Desbois en 1836, Berland en 1850, Piau en 1869".

"Les confréries du Sacré Coeur, de la Sainte Vierge, du Saint Scapulaire, du Saint Rosaire ; les oeuvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte Enfance, sont établies à Beaugency".

"On a conservé un bon souvenir de la piété et du zèle de M. l'abbé Lemaire, qui, en 1801, fut appelé à un évêché et voulut rester aumônier des religieuses Ursulines".

On peut lire dans Promenades Pittoresques dans le Loiret, châteaux, monuments, paysages par M. Emile Huet, dessins de Paul Pigelet de 1887 à 1899 : Extraits :

"Entrons à Beaugency qui nous ouvre sa porte : Les origines de Beaugency ont une histoire bien peu certaine - Heureux, dit-on, les peuples qui n'ont pas d'histoire - A ce compte, notre cité doit à cette incertitude l'air de sérénité et d'aisance tranquilles qui frappe dès l'entrée - Ce n'est guère avant le XIIème siècle, nous dit le savant ouvrage de M. Pellieux, auquel nous empruntons tous ces détails, qu'un fait notable met la ville en lumière - Quelle fut auparavant sa vie ? On l'ignore - Quel fut même son nom ? "Brayetels", "Braytolium" disent les anciens titres ; "Bois-Joly" d'après Lemaire - Duchalais écrit "Baugenci" et le dictionnaire de Moréri imprime tour à tour, avec les noms latins "Balgentiacum" ou "Baugentiacum", les traductions  : Beaugency, Baugenci, Baugency et Boisgency - Nous avons déjà entendu à Cléry les huguenots de 1562 chansonner le dauphin en se servant de ce nom - C'est Beaugency qui a prévalu et cependant nous ne jurerions pas que, quelquefois encore aujourd'hui, le langage familier du Beauceron ne se laisse aller à dire Boisjency !"

"Quoi qu'il en soit, grammaticalement il y a une corrélation presque évidente entre ces deux noms, "Balgentiacum" et "Belgium" : "Beaugency" et "Gaule Belgique" ; on pourra se convaincre que cette corrélation n'est point fortuite en lisant la curieuse dissertation de M. Lorin de Chaffin sur Pellieux, que nous résumerons ici en quelques mots".

"La Gaule Belgique devint la province de Picardie : or Amiens, sa capitale, et Beaugency reconnaissaient depuis plus de douze siècles pour leur patron Saint-Firmin, premier évêque d'Amiens, décapité dans cette ville sous le règne de Trajan - Ces deux villes sont seules en France à avoir en grande vénération les martyrs Gentien, Fuscien et Victoric dont les noms, les deux derniers au moins, sont peu connus - Or, voici ce que dit à ce sujet un manuscrit de l'abbaye de Beaugency : "En l'an 580, Simon 1er, seigneur de Beaugency, étant attaqué de la lèpre, maladie commune alors, et voulant, pour adoucir ses maux, respirer un air pur, se mit un jour à l'une des fenêtres de son château - C'était le 13 janvier ; il sentit aussitôt une odeur agréable qui le guérit de sa maladie regardée jusque là comme incurable - Il apprit quelques jours après que le corps de Saint Firmin, premier évêque d'Amiens, avait été trouvé dans cette ville en l'église de Notre-Dame des Martyrs, connue depuis sous le nom de Saint-Acheul, où il avait été caché jusqu'à ce jour - En souvenir de cette guérison Simon 1er chargea la grosse tour de son château de "vingt sols et une obole de cens annuel et perpétuel envers l'église d'Amiens" et lui donna nombre de fiefs et arrière-fiefs dépendant de sa châtellenie ; les seigneurs qui lui succédèrent confirmèrent cette donation et jusqu'au XVIIème siècle un cierge du poids de cent livres était présenté à la cathédrale d'Amiens le 13 janvier, chaque année, par le seigneur de Beaugency ou son procureur fondé ; depuis lors, jusqu'en 1791, pour la conservation de ses droits, l'église d'Amiens continuait tous les ans d'appeler à la messe le jour de Saint-Firmin le seigneur de Beaugency et donnant défaut le juge dressait procès-verbal ; jusqu'à la même époque, pendant l'épître de la messe solennelle du 13 janvier, à la cathédrale d'Amiens, on demandait par trois fois s'il y avait dans l'église quelqu'un de Beaugency - Et l'heureux voyageur, s'il s'en trouvait un, comme autrefois l'envoyé du seigneur, était traité aux dépens du chapitre et recevait en outre ....une pare de gants blancs !"

"Une autre tradition confirme encore cette corrélation, tradition appuyée par des titres authentiques et, bien mieux, par un monument sigillographique : c'est la tradition de la Maille d'or de Florence".

"Le 13 janvier toujours, les propriétaires d'immeubles situés dans la rue de Beaugency qui s'appelle encore la rue de la Maille d'Or, devaient à Orléans, à la messe des escholiers de la Picardie, étudiants en l'Université, faisaient célébrer à Saint-Pierre-le-Puellier en l'honneur de Saint Firmin, présenter une "Maille d'Or" - Cette fête s'appelait "la fête de l'Elévation de la fidèle nation Picarde" - Consacré par ses titres et ses sentences judiciaires, ce droit était jalousement réclamé, et notre histoire raconte que "si on manquait au jour indiqué de présenter la Maille d'Or, il était permis aux écoliers Picards de l'Université d'Orléans de se transporter tous à Beaugency, accompagnés de leurs officiers et bedeaux, avec tambours, trompettes et hautbois - Après avoir joué de leurs instruments devant la principale porte de l'église de Saint-Firmin, ils se rendaient dans une auberge et s'y faisaient traiter aux frais des débiteurs de la redevance" - Voilà un défaut de payement qui devait coûter cher, et un voyage engendrer moult joyeusetés, grande beuverie et haulte gresse !"

"La Maille d'Or de Florence se frappait à Beaugency : pourquoi Florence ? - La face porte l'effigie de Saint-Jean, le revers une fleur de lys avec ses mots : "Philippus Dei grtia rex", ou bien : "Florentia", selon les types - Nom, forme et empreinte, autant de problèmes non encore résolus".

"Du VIème siècle à l'année 1291, Beaugency voit se succéder à la tête de sa châtellenie une longue suite de seigneurs - Ce furent Simon 1er dont nous avons déjà parlé, puis ses descendants, les Lancelin - Un nom qui est bien du terroir ; vint Raoul 1er, paladin de terre sainte, beau frère du roi Philippe 1er - C'est de son vivant que se tint à Beaugency, en l'église de l'abbaye, un concile où le roi se vit refuser la levée de l'excommunication qui l'avait frappé à la suite de son mariage avec Bertrade de Montfort - Une inscription moderne, gravée sur pierre à l'entrée gauche de l'église, rappelle cet évènement :

Ad perpetuam rei memoriam.

En cette église Abbatiale

se sont tenus

Deux conciles célèbres

I. Le 30 juillet 1104

Assistaient : 

II . Le 11 mars 1152

Assistaient : 

Il s'agissait cette fois du mariage du roi avec Eléonore de Guyenne, qui fut déclaré nul pour cause de parenté au degré prohibé - Michelet prétend que la reine n'en était point autrement peinée et l'on sait qu'elle devint la femme d'Henri Plantagenet - Simon II était alors seigneur de Beaugency".

"Un siècle et demi après, par acte qui "fut faict à Beaugency, en l'an de N.S. MCCLXXXXI, après la fête de N.D. en mars", Raoul II vendit à "très haut seigneur Philippe, roi de France, tote la baronnie et châtellenie avec totes ses appartenances" moyennant 5,400 livres de pension viagère".

"Rentré dans le domaine de la Couronne, la châtellenie de Beaugency fut tout à tour, selon les circonstance, du domaine direct ou aux mains d'engagistes ou d'apanagistes ; ces derniers furent pour la plupart du temps les ducs d'Orléans - L'un d'eux, Charles 1er, en 1442, pour reconnaître les services que Jean de Dunois lui avait rendus en le tirant des mains des Anglais, vendit la terre de Beaugency à Jean d'Harcourt, archevêque de Narbonne, qui la donna en dot à Marie d'Harcourt, sa nièce, femme du grand Bâtard - Nous retrouvons ici la vie du grand capitaine dont l'église de Cléry conserve la dépouille mortelle ; là-bas ses soins pieux embellirent la collégiale, ici il construisit ou plutôt embellit le château - Jusqu'en 1789, la maison d'Orléans resta en possession de la terre de Beaugency et le dernier lambeau qui avait pu lui être conservé sous la Restauration, la forêt de Briou, fut vendu en 1834 par Mme Adélaïde".

"Les grandes secousses politiques qui ont désolé la France, la guerre de cent ans, les guerres de religion, la Ligue, la Fronde, ont eu là comme ailleurs leurs contrecoups - Salisbury, Talbot et les Anglais, Jeanne et le connétable de Richemont, Condé et Coligny, huguenots et catholiques, les princes, les ligueurs, le roi, Beaugency les voit tout à tour défiler : la ville est prise, reprise, délivrée, saccagée toujours hélas ! - En 1567 notamment, les églises et le couronnement de sa Grosse Tour sont brûlés par les réformés, qui s'attirent ainsi les terribles représailles de 1572 ! - Mais si les épisodes diffèrent de l'un à l'autre, un fait bien remarquable subsiste, toujours le même et particulièrement à Beaugency : c'est de se voir par sa situation géographique condamné à servir de théâtre à la rencontre des partis - En 1595, dans un placet au bon roi Henri IV que les habitants rédigent pour obtenir une exemption de tailles, ce fait est signalé avec juste raison : "tellement que lors de ledit Beaugency "frontière", les suppliants ont été exposés à toutes sortes d'oppressions" - Sa situation entre Blois et Orléans lui a toujours été funeste, ajoute M. Pellieux, ces deux villes ayant reversé sur Beaugency toutes les charges de la province - Hélas ! durant l'année terrible, de septembre 1870 à mars 1871, surtout dans le courant de décembre, Beaugency dut encore subir les alternatives tour à tour brillantes d'espoir ou noires de désespérance que les belligérants apportaient avec eux - Quelle angoisse quand à l'Est ou à l'Ouest tonnait le canon, quand la fusillade crépitait aux portes ou dans la ville ! - Orléans, Josnes, le Mans, cruelles étapes, froides et noires sous le givre blanc ! - Dans ses ruines et au milieu de ses deuils, Beaugency eut encore la joie courte mais combien vive de tressaillir presque la première à cette nouvelle : Coulmiers, ils sont battus !..."

"Au cimetière on voit un monument avec cette épitaphe :

Ici reposent les corps de 316 militaires

morts en défendant le sol de la Patrie contre l'invasion étrangère

dans les combats livrés les 7, 8, 9, et 10 décembre, autour de Beaugency.

La France n'est jamais morte

Elle n'est qu'endormie !"

"Tous ces évènements, ces fortunes diverses, nous ont laissé une ville bien bâtie, percée assez régulièrement, abondamment pourvue sur son pourtour de promenades et de mails ombragés et aérés ; ici plane, là en douce pente, regardant la Loire du haut de sa falaise élevée, ou limitée par un ru qui traverse la ville basse à ciel ouvert et fait tourner de nombreux moulins - Le touriste ne manquera pas de remarquer la perspective des ponts minuscules qui presque à chaque pas, coupent le ruisseaux pour permettre aux riverains, logés sur la rive droite, de rentrer chez eux à pied sec .......- En Fait, les monuments, témoins de la vie passée, y sont nombreux et, sauf la période troublée du XVIème siècle, ils semblent avoir traversé plus paisiblement qu'ailleurs les époques douloureuses de notre histoire".

"Le plus important de tous est incontestablement la "Grosse-Tour" qui dresse au centre de la ville sa majestueuse hauteur et qu'on apperçoit de si loin, surtout quand on vient par le val de la rive gauche - A qui faut-il en attribuer la construction ? - Grave problème qui a été diversement résolu - Les uns veulent y voir un monument romain, d'autres en font remonter l'origine au XIème siècle, les autorités les plus considérables, Duchalais et de Caumont, la fixent avec raison croyons-nous, au XIème siècle - Mais la science à beau faire, de longtemps encore comme depuis longtemps déjà dans le pays, on l'appellera : "La Tour de César"........

"La tour de César était, en effet, le donjon du château, qui est situé tout près à l'Est ; séparés aujourd'hui, ils étaient autrefois réunis par une même enceinte, dont on voit encore quelques vestiges et dont les fossés sont devenus des rues".

"Le château doit avoir une origine ancienne, mais l'histoire ne l'a point enregistrée ; ses parchemins ne datent guère que du XVème siècle, cela est déjà beau, mais ils sont illustres, car le nom de Dunois y brille de tout son éclat - Le grand bâtard, à peine devenu seigneur de Beaugency, édifie l'aile qui se trouve à droite en entrant - Marie d'Harcourt, pour recevoir le duc d'Orléans au retour de sa captivité en Angleterre, meuble le château, puis le fait réparer en 1443 ; Jehan II, duc de Longueville, construira, un siècle plus tard, l'escalier de pierre qui fait saillie en tourelle sur la façade intérieure ; il est fort bien conservé - Le souvenir du grand capitaine se trouve à chaque pas dans le château - Les grandes cheminées sculptées, les meneaux des fenêtre, les bancs en pierre des embrasures, les poutres aux angles abattus et aux attaches ouvragées, tout atteste sa noble origine ; il porte cette marque de race qui distingue les hautes et pures lignées......"

"Le 25 messidor, an VI, le château est vendu comme bien national ; l'Etat y a aujourd'hui installé les services d'un dépôt de mendicité, et dans la salle Jeanne d'Arc, sous le manteau de la cheminée où se déroule un cordon de jolies feuilles en relief, des détenus en uniforme gris tressent paresseusement des tapis en paillasson".

"Dans l'enceinte du château se trouvait aussi l'église de l'abbaye ; elle est tout proche vers le sud et plus près de la Loire - C'est un bel édifice de style roman à trois nef, sans transept - Des piliers massif, couronnés par de beaux chapiteaux carolingiens, supportent les nefs latérales en pierre d'une construction curieuse ; leurs socle peu élevés témoignent, par la différence de leur hauteur au dessus du sol actuel, notamment dans le bas-côté de gauche, d'un changement de niveau du pavement ancien - La voûte de la grande nef est en bois et d'un travail remarquable, ses arrêtes à nervures prononcées et ses clefs de voûte ouvragées sont d'un bel effet ; mais elle est ogivale, ainsi que les nefs des fenêtres des bas-côtés, et ses ogives s'harmonisent mal avec le cintre roman qui reprend dans les ouvertures supérieures comme dans le choeur, autour duquel règne une galerie à colonnettes gracieuses - L'église a été intelligemment restaurée en 1858 ; sur des vitraux modernes d'un bon sentiment, une inscription rappelle la construction du temple en 1085, et des médaillons représentent une vue générale de Beaugency, la léproserie de Saint Michel aujourd'hui disparue, l'église Saint-Etienne devenue magasin à bois, le château et l'Hôtel de Ville - Sur la muraille on lit l'inscription suivante :

D. O. M.

Dieu et Patrie

Les officiers du 33ème régiment des mobiles de la Sarthe

A la mémoire de leurs hommes tombés dans les combats

Autour de Beaugency, à Messas, Losnes, Villorceau, le Mée

Les 7, 8, 9 et 10 décembre 1870

inclyti nostri super montes tuos interfecti sung (Reg.)

Et factus est planctus magnus in omni loco eorum (Mach.)"

"A droite du choeur, près de la sacristie, une porte s'ouvre qui conduit au pied d'un escalier de l'ancienne abbaye des Génovéfains ; il est curieux à voir, et son développement suivant un système carré, qui repose à chaque angle sur des voûtes hardiment coupées, témoigne d'une science consommée de la construction - Le plafond est en bois sculpté : on y voit encore une peinture représentant un ange planant au ciel - De l'escalier on passe sur la terrasse, construction qui date de 1662, époque de la réfection de la voûte de l'église, et de là, la vue est fort belle sur l'ensemble que forme l'Abbatiale, le chevet de l'église et le château".

"Si l'on descend de cette terrasse au bord de la Loire on arrivera, en suivant le quai vers l'Ouest, à la Tour-du-Diable, qui fut la seule épargnée par l'incendie huguenot de 1567, et c'est tout ce qui reste actuellement des remparts démolis en 1767 - Des travaux en cours d'exécution au mois de juin 1888 ont mis à découvert à ses pieds, à six mètres de profondeur, les restes d'une ancienne crypte ; la voûte reposait sur un pilier central dont la chapiteau, de style fort ancien, porte huit nervures à son faît - Les clefs de voûte retrouvées et la hauteur du pilier, 2 m. 45, témoignent que l'ogive en était fort écrasée - L'ancien pont était, dit-on, en face cette Tour-du-Diable ; on en voit encore les traces aux basses eaux dans le lit du fleuve - Ce pont a disparu, mais on parle toujours des "Chats de Beaugency" - C'est un conte qu'on nous a dit..........".

"Du milieu du pont on a sur Beaugency une belle vue panoramique ; nous ne la rappellerons que pour faire remarquer, tout sur la gauche, de beaux arbres et de belles terrasses qui abritent et soutiennent les bâtiments du couvent des dames Ursulines - Construit en 1629, il prospéra et s'agrandit de jour en jour sous l'impulsion des Religieuses que le voeu populaire avait appelées - La tourmente révolutionnaire passa malfaisante, mais en 1825 les services rendus furent reconnus et depuis cette époque un pensionnat y distribue largement l'éducation et l'instruction morales que servent admirablement, au point de vue physique, une incomparable situation au dessus de la Loire et d'immenses jardins qu'on pourrait presque appeler un parc".

"Tel est Beaugency - N'est-il point vrai de dire que peu de chefs-lieux de canton pourraient montrer semblable réunion de souvenirs et de monuments ? - Regardez : auprès de la Grosse-Tour et du château, l'église et l'Abbatiale ; puis la Tour de l'église de Saint-Firmin, l'Hospice, les restes des remparts, la Tour-du-Diable, la Porte-Tavers, le Gros-Horloge, l'ancienne Porte-Vendômoise, voilà de quoi composer un superbe joyau artistique : pour le sertir, vous aurez l'émeraude des quais, les beaux arbres des Ursulines, des Mails et la rue du Ru - Au centre, la gemme qui étincellera et complètera le bijou, ce sera l'Hôtel-de-Ville dont il reste à parler".

"C'est bien une vraie "Maison de Ville", car elle a été élevée en 1526 avec cette destination sur les terrains de l'auberge de la Croix-Blanche, acquis par les échevins qui se trouvaient à l'étroit dans l'ancien "Parlouër aux Bourgeois" - Viart, architecte d'Orléans, en est l'auteur et il mériterait une renommée plus haute si on la mesurait à ce chef-d'oeuvre - Quelle délicatesse de main dans la distribution des ornements de la façade ! - Le bandeau central, à mi-hauteur, est ciselé comme un bijou ; il soutient l'étage et lui même est supporté par les trois ouvertures cintrées du rez-de-chaussée, au dessus desquelles quatre médaillons en ronde brosse, accolés aux angles supérieurs des montants, font saillir des têtes vigoureuses qui semblent s'incliner et chercher à voir - Sur les panneaux du haut les fleurs de lys, semées comme sable de France, couvrent le monument, et le tout est dominé par une corniche ouvrée, aux deux angles de laquelle deux culs-de-lampe de même dessin attendent leur couronnement"

"Cet ensemble est la grâce même et vient prouver une fois de plus l'art que possédaient les architectes de la Renaissance de satisfaire par un agencement heureux l'esprit et le regard - Et cependant que cet agencement déroute nos idées de symétrie ! - Ici, rien n'est symétrique, ni les panneaux qui sont de différentes grandeurs, ni la porte qui n'est point au milieu, ni les pilastres dont un seul est dans le même axe que son correspondant du haut, ni les fenêtres qui n'occupent point le milieu des baies du rez-de-chaussée, ni les cartouches du bandeau, rien enfin - Malgré tout, il faut le répéter, rien n'est plus gracieux - Cet effet est ici plus remarquable encore que dans la maison de la Coquille que nous reverrons à Orléans".

"L'intérieur de l'Hôtel-de-Ville a dû être souvent remanié ; il est moderne et des plus ordinaires - Il est question, dit-on depuis longtemps, de réparer et de finir ce monument, bien digne d'être conservé et de servir de modèle - Les plans sont prêts et les archives des monuments historiques ont déjà publié le projet complet d'une restauration - Vite, qu'on enlève tout ce qui le défigure, et ces volets et ces affiches, et ces casiers et ces cloisons - Débouchez les grandes baies et qu'on y voie des vitres serties de plomb, au fond d'un retrait qui fasse saillir vigoureusement la façade".

"Le premier étage seul offre au visiteur un beau plafond aux poutrelles pressées et ouvragées et une collection de tapisseries curieuses qui viennent de l'ancien abbaye - Là encore qu'on enlève vite le badigeon des poutres et l'affreux papier qu'on a, "herresco referens", tenté d'assortir sous forme de bordures et de rideaux aux tapisseries antiques".

On a dégagé le monument ; en face, une petite place en pente, plantée de beaux tilleuls argentés, permet de prendre le recul nécessaire à un examen d'ensemble ; au moment où le soleil dore les lys de France et projette l'ombre des sculptures, les yeux mis clos, on peut s'arrêter avec fruit et en jouir à son aise".

On peut lire dans le Dictionnaire Biographique et Historique Illustré de 1910 ce qui suit :

"Beaugency : Un archéologue, André Duchesne,  croit que Beaugency a été l'ancienne "Genabum" de Jules César - Quoi qu'il en soit, cette cité a une origine gallo-romaine et eu pendant quatorze siècles, le même patron que Amiens, Saint Firmin, évêque de cette dernière ville".

"En 580, Simon 1er, premier seigneur de Beaugency, gravement malade, fut guéri miraculeusement en invoquant le nom de Saint Firmin - Il donna une partie de ses biens à l'église d'Amiens en déclarant que lui et ses successeurs seraient vassaux de l'évêque ; puis il fit voeux d'offrir chaque année à la cathédrale d'Amiens un cierge du poids de cent livres et d'y faire présenter, le 13 janvier de chaque année, jour de la fête de Saint Firmin, un denier d'or de Florence dit "la maille d'or" à un étudiant picard en l'Université d'Orléans".

"Les sires de Beaugency prouvèrent leur origine picarde en prenant, lors de l'intervention des armoiries, celles des anciens seigneurs de Vermandois : un échiquier d'or et d'azur et pour brisure une fasce de gueules - De là l'assertion que le premier seigneur de Beaugency, en venant s'établir en cette cité latine, échangea son ancienne appellation en celle de Belgici, qui signifiait "Picard", d'où l'on a tiré Beaugency".

"Les seigneurs de Beaugency prennent date au VIème siècle, deux siècles après le passage d'Attila en cette cité et un siècle après les ravages d'Odoacre - Riches, ces seigneurs étaient redoutables à leurs voisins, d'autant plus redoutables que leurs 300 fiefs ne relevaient que de l'autorité royale - Leur histoire se dessine surtout après les invasions des Normands - Au Xème siècle, apparaît Landry Sore, dit Landricus - Il était envoyé, en 980, en qualité de "Missus dominicus", par Hugues Capet à Beaugency, avec la double qualité de gouverneur et de juge".

"Landricus ou Landry-Sore, ou Lancelin 1er de Beaugency, eut un fils et une fille - Son fils Lancelin II, eut Lancelin III, et ce dernier eut une fille, Agnès, qui épousa Robert II, vicomte de Blois, dont le fils Robert III, héritier des seigneuries de Beaugency et de Blois, épousa Mahaud ou Mathilde de Châteaudun, filles de Hugues, comte de Dunois - Restée veuve, Mahaud donna ses terres et sa main à Geoffroy Grise-Gounelle, comte de Vendôme, qui fut la tige des comtes de ce nom - Mais si l'on remonte à l'origine des comtes de Vendôme, on trouve que Landry-Sore ou Lancelin 1er de Beaugency maria sa fille Elisabeth à Bouchard Ratepilate, à qui elle donna un fils Bouchard Ratepilate, à qui elle donna un fils Bouchard le Chanve, qui épousa Adèle d'Anjou dont il eut Foulques l'Oison - Ce Foulques eut une fille, Euphrosine, qui devint la femme de Geoffroy de Reuilly, dont le fils, Geoffroy-Grise-Gounelle, épousa en secondes noces Mathildes, veuve de Robert, vicomte de Blois et sire de Beaugency".

"Les descendants des deux enfants de Landry-Sore ou Lancelin 1er devaient donc s'unir en mariage à la cinquième génération".

"Lancelin II fut un parfait trafiquant d'église - Ce trafic d'églises, en ce temps d'ignorance, était d'usage courant - Les seigneurs, pas plus que les rois, ne se faisaient scrupule de s'emparer des monastères, prieurés ou abbayes, d'en toucher les revenus, de prendre même le titre d'abbé, de nommer aux bénéfices ; puis ils acquéraient le titre de donateurs et de bienfaiteurs selon l'usage qu'ils faisaient ensuite de ces fondations qu'ils avaient au préalable confisquées parce qu'ils les avaient trouvées à leur convenance".

"C'est avec ces biens primitifs, modifiés au cours des siècles, que les seigneurs arrivèrent à la Révolution".

"Lancelin III, son successeur, mérita donc les éloges des chartes pour ses bienfaits envers les abbayes et les moines qu'il avait dépouillés - Il fut un des grands capitaines de Philippe 1er, roi de France, dans sa lutte contre le roi d'Angleterre, Guillaume 1er, qui soutenait Hugues, seigneur du Puiset - Battu et fait prisonnier par son propre gendre, Renaud II, comte de Nevers, Lancelin III fit, une fois libéré, en 1081, un voyage à Rome - A son retour, il fit la guerre à son parent, Geoffroy de Reuilly, comte de Vendôme, le fit prisonnier et l'enferma dans la tour de Beaugency".

"Lancelin III, nous l'avons vu, avait laissé une fille, Agnès, épouse du vicomte de Blois - Une autre de ses filles, Ydes, fut mariée à Renaud II, comte de Nevers, de Tonnerre et d'Auxerre, dont la descendance s'allia ensuite aux maisons de Valois, de Bourgogne, de Luxembourg, de Montmorency, etc...., aux rois de Sicile et de Chypre, à la couronne de France, par le mariage de Jeanne d'Auvergne avec le roi Jean".

"Son fils, Raoul 1er, hérita de la seigneurie de Beaugency - Il s'allia à la maison royale en épousant, en 1090, Mathilde, fille de Hugues le Grand, comte de Vermandois, troisième fils du roi Henri 1er et frère de Philippe 1er, qu'un hasard pouvait porter sur le trône de France - Il accompagna en Terre Sainte, son beau père et Godefroy de Bouillon - Les croisades, entreprises d'abord pour la religion, profitèrent ensuite aux rois qui y expédièrent leurs vassaux redoutés pour s'en débarrasser - Les seigneurs de Beaugency y prirent donc une part active - Raoul 1er se distingua au siège d'Antioche, où son frère Eudes fut tué - Il revint, en 1098, couvert de gloire - Il y retourna après la prise de Jérusalem qui eut lieu en 1100 et fut de retour pour le premier concile de Beaugency, le 30 juillet 1104, où assistaient Richard d'Albane, cardinal légat du pape Pascal II, le roi Philippe 1er, des archevêques, des évêques, abbés et seigneurs, dont une inscription reproduit les noms sur une plaque de marbre à l'église - Il s'agissait d'absoudre le roi Philippe 1er, qui avait répudié sa femme pour épouser Bertrade de Montfort".

"En 1110, Raoul prit parti pour le seigneur du Puiset contre Louis VI le Gros - L'esprit d'indépendance, qui régnait en ce temps là, déterminait souvent les seigneurs à se révolter contre le roi. Se regardant comme maîtres absolus chez eux, quoique vassaux de la couronne, ces seigneurs levaient des troupes dans leurs domaines et levaient des impôts sans l'agrément du souverain - Raoul 1er, par son intervention au plus fort de la mêlée, mit les troupes royales en déroute, de sorte que Louis VI battit en retraite jusqu'à Orléans - Toutefois, le roi ne renonça pas au projet de soumettre les rebelles - Au moment de faire la guerre à Henri 1er, roi d'Angleterre, il chargea Raoul 1er de lui ménager une entrevue avec le comte d'Anjou, Foulques V, et il négocia - L'entrevue eut lieu à Marchenoir, près de Beaugency".

"Raoul 1er mourut en 1130, laissant neuf enfants - Sa fille, Agnès, épousa Enguerrand de Coucy - Raoul de Coucy, dont les malheurs et son amour fatal pour Gabrielle de Vergy, femme de Fayel, ont défié la chronique, était le fils d'Enguerrand - Une autre fille de Raoul 1er, Mathilde, entra dans la maison de Sully - Deux fils de Raoul 1er, Simon II, mort sans prospérité, et Lancelin IV, succédèrent à leur père - Sous le gouvernement de Lancelin IV, les rois de France et d'Angleterre reçurent le pape Alexandre III à Beaugency, en 1162 - C'est également sous son gouvernement que s'était réuni le second concile de Beaugency, le 18 mars 1152, pour dissoudre le mariage du roi Louis VII et d' Eléonore d' Aquitaine, qui avait aimé Saladin".

"Lancelin IV mourut en 1192 et son fils Jean 1er lui succéda - A jean 1er, 1204, succéda son fils Jean II qui alla en Terre Sainte - Il mourut jeune, en 1219, laissant un fils Simon, sous la tutelle de sa veuve qui épousa Robert de Courtenay, petit fils de Louis VI le Gros, grand bouteiller de France - En 1240, Robert, qui était seigneur usufruitier de Beaugency, se retira et Simon régna sous le nom de Simon III - Il se croisa en 1248 avec Saint Louis et mourut en 1260, laissant plusieurs enfants, dont Jean de Beaugency, lieutenant général à Orléans, et Raoul II - Celui-ci lui succéda et se fit condamner, en 1280, à porter foi et hommage à l'évêque d'Amiens en sa qualité d'homme-lige de Saint Firmin - Il mourut sans enfants après avoir, moyennant une rente viagère, vendu sa seigneurie, en 1291, au roi Philippe le Bel qui la réunit à la couronne - Par la suite, les rois la donnèrent quelquefois en douaires à leurs épouses ou en apanages à leurs frères et fils, quand ils ne l'engageaient pas pour de l'argent, avec faculté de rachat".

"C'est ainsi qu'on voit, à partir de cette date, se succéder à Beaugency : Clémence de Hongrie, femme de Louis le Hutin, 1323 ; Philippe de Valois, 1329 ; Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI, 1342 ; Philippe 1er, duc d'Orléans, fils de Philippe VI, 1344, et Blanche de France, sa veuve, 1375 ; Charles V, 1379 ; Louis 1er, duc d'Orléans, 1393, et Charles 1er, son fils, qui fut 25 ans captif des Anglais - A son retour, en 1442, en reconnaissance des services que Jean de Dunois, bâtard d'Orléans, son frère naturel, lui avait rendus en s'employant à sa mise en liberté, il vendit terres, ville et baronnie de Beaugency à Jean d' Harcourt, archevêque de Narbonne, dont Dunois avait épousé la nièce, Marie d' Harcourt".

"Pendant ce temps, les Anglais ravageaient le pays - En 1359, en 1367, en 1411, en 1429, ils pillaient Beaugency".

"Le comte de Dunois et son fils, François d'Orléans, comte de Dunois et de Longueville, s'étaient fait inhumer en la basilique de Cléry - La veuve de ce dernier, Agnès de Savoie, jouit du douaire de Beaugency jusqu'à sa mort - Ils avaient eu un fils : Jean II d'Orléans-Longueville, archevêque de Toulouse, qui devint évêque d'Orléans, puis cardinal - Il accueillit l'héritage de Beaugency - Mais à sa mort, en 1534, il laissa sa succession à son neveu, François II d'Orléans-Longueville, marquis de Rothelin, troisième fils de louis, duc de Longueville".

"Le roi François 1er, la trouvant à sa convenance, confisqua la seigneurie pour la donner à son fils Charles II, duc d'Orléans, 1544 - Louis III, duc d'Orléans, la reçut ensuite en 1550 - Puis Henri II l'engagea pour 6 000 livres de rente et 25 000 livres de dot à Madeleine d'Annebaut, veuve du marquis de Saluces".

"Charles Maximilien, depuis Charles IX, l'obtint à son tour, puis il la donna à son frère, Henri II, duc d'Orléans, en 1560".

"Beaugency souffrit des guerres civiles de religions - Henri de Bourbon eut Beaugency en apanage après la Fronde - Il vendit, en 1660, son comté au maréchal de la Ferté, Henri de Sonneterre, qui le remit, en 1663, à Philippe II, frère de Louis XIV, duc d'Orléans, pour le réunir à la couronne - En mourant, en 1701, son fils Philippe III, régent du royaume, hérita de ses biens - Il mourut en 1723, laissant un fils, Louis IV, duc d'Orléans, comte de Beaugency, qui légua une partie de sa bibliothèque à l'abbaye de cette ville - Louis IV s'éteignit en 1752, à Sainte Geneviève - Il laissait un fils, Louis Philippe, qui, dès 1757, associait le sien à ses affaires - C'était le duc de Chartres, Louis Philippe Joseph, qui, en 1785, à la mort de son père, hérita de tous ses biens - A la Révolution, il joua un rôle actif, prit le nom de Philippe Egalité, vota la mort de Louis XVI et mourut sur l'échafaud".

"La Révolution ne causa pas l'effusion d'une seule goutte de sang à Beaugency, où le commandant général Dulac imposa à ses volontaires, "le respect des droits de l'homme et du citoyen".

"On voit dans Beaugency de vieilles maisons des XIVème, XVème et XVIème siècles - On aperçoit encore les quatre évangélistes en bois sculpté sur l'ancienne maison du prieuré".

"De tout temps on a mis à jour, sur le territoire de cette commune, des médailles aux effigies de divers empereurs romains et de nombreuses substructions - On a découvert aussi des ossements de mastodonte, de dinothérium et autres animaux prodigieux préhistoriques - Dans une charte de 1204, il est fait mention d'une voie romaine qu'on croit être le chemin "Remi", qui passe à Lailly".

"La Maille d'Or de Florence - Les sires de Beaugency, en tant qu'émanant d'une branche des seigneurs de Vermandois, avaient voué, depuis Simon 1er, à Saint Firmin, patron de l'église d'Amiens, un culte qui ne se démentit jamais".

"S'attachant à leur nouveau sol de Beaugency, les seigneurs de cette ville, afin d'attirer leurs anciens compatriotes picards, confirmèrent à l'Université d'Orléans l'institution, en leur faveur, du privilège de la "Maille d'Or" - Le 13 janvier de chaque année, jour de la Saint Firmin, les propriétaires d'héritage de la porte Vendôme, à Beaugency, se présentaient en l'église de Saint Pierre le Puellier d'Orléans où les écoliers de Picardie faisaient chanter une messe en l'honneur de leur patron, Saint Firmin - On appelait cela la fête de l'Elévation de la fidèle nation de Picardie : l'Université d'Orléans était divisée en "nations autonomes".

"Les propriétaires, avec l'épître, payait au procureur de la nation de Picardie une pièce d'or, dite la maille d'or de Florence, qui pesait 2 deniers 17 grains trébuchants et qui valait 49 sous en 1555, 5 francs en 1648 et 13 francs 18 en 1789".

"Le jour même, à Amiens, pendant la messe, l'officiant demandait par trois fois s'il se trouvait dans l'église un citoyen de Beaugency - S'il s'en trouvait un, il était nourri aux frais du chapitre et recevait une paire de gants blancs".

"Quand les propriétaires d'héritage de Beaugency manquaient la tradition, les étudiants de Picardie se rendaient en corps d'Orléans à Beaugency, aux frais des propriétaires, pour réclamer l'obole due - En 1530, le 13 janvier, guidés par Jean Calvin, de Noyon, les étudiants picards durent faire ce voyage".

"Cette redevance, acquittée d'autre manière avant le XIIème siècle, fut fixée en 1291, par Philippe le Bel, à cette pièce de monnaie".

"L'enceinte - La ville était entourée de murailles percées de sept portes avec pont-levis : la porte Tavers, la porte Vendômoise, les portes aux Febvres, de Dieu, d'Argentier, celle du Pont et celle du Pot-d'Etain - En 1770, il en restait trois : celle de Tavers, d'Argentier et du Pont - Les murailles étaient flanquées de tours dès le temps de l'invasion des Normands, et la plus célèbre de ces tours fut la tour Neuve, qui avait 112 pieds de circonférence, tandis que celle du même nom, à Orléans, n'en avait que 72 - C'était la prison seigneuriale - Les murailles étaient entourées de fossés qui furent successivement comblés pour servir de promenades, de rues ou de passages - Ces murailles furent renversées, en 1562, par le prince de Condé qui détruisit les faubourgs de la Porte-Dieu et de la Porte-aux-Febvres".

"La tour dite de César - La tour de César a une origine qui s'obscurcit dans l'ombre du passé - Elle est élevée sur un tumulus, formé de terres pétrifiées et apportées pour couvrir un tombeau qui fut découvert à l'est de la tour, à environ 18 pieds de profondeur, au cours de fouilles effectuées au XVIIème siècle - On a démêlé de ces terres du froment, de l'orge, des fèves et autres produits à demi-calcinés, quoique de forme bien conservée - Ces matières provenaient de la tour, qui avait eu autrefois un étage destiné au magasin des vivres, lequel avait été incendié au moment des guerres de religions".

"En pénétrant dans les souterrains ou caves, sous ces terres solidifiée par les siècles, on à mis a jour, en 1750, au niveau même de l'ancien sol, un sarcophage en peirre de 7 pieds de long contenant deux squelettes, homme et femme, ensevelis les pieds tournés vers l'Orient".

"Qui a élevé cette tour ? Le fut-elle par les anciens Gaulois, par César lui même ou par ses successeurs ? Nul ne le sait, sinon qu'elle est mentionnée dès le Xème siècle comme dépendante du château seigneurial des premiers sires de Beaugency, dont l'origine se perd, comme celle de la tour, dans la nuit de l'histoire".

"Moreri affirme que les Romains donnaient à leurs tours une forme carrée, tandis que les Gaulois leur donnaient une forme arrondie - Or, la tour de César n'est ni carrée, ni ronde - C'est un parallélogramme de 72 pieds de long sur 62 de large et 11 pieds 6 pouces d'épaisseur à la base - Antérieurement à 1767, elle avait 125 pieds de hauteur - Elle en a encore 115 - Une voûte la séparait en deux parties : la partie supérieure comprenait trois colonnades superposées ayant soutenu chacune un étage dont le dernier était couronné d'une galerie à rempart et coiffé d'un toit mi-partie de plomb, mi-partie d'ardoise -

" L'église primitive, remonte au XIème siècle - Certaines parties sont du XVIIème siècle".

On peut lire dans l'Indicateur Général du Loiret de 1926 ce qui suit :

"On lit dans les "Antiquités et Recherches des Villes, Châteaux et Places, de 1629" : "La ville de Beaugency, que quelques uns escrivent Bois-Jency et les autres Bonjency, est l'une des plus amènes et des plus gracieuses de tout le royaume, tant pour le plaisir de la chasse que pour la fécondité des bleds et vins...." - Beaugency possédait jadis un château fort qu'on regardait comme romain - Les monuments témoins de la vie passée y sont nombreux : le plus important de tous, est la Grosse-Tour - Des combats furent livrés autour de Beaugency en 1870 - Patrie du poète académicien Aignan, du médecin Pellieux, auteur d'une histoire de Beaugency, de Turpetin et du physicien Charles".

"Le château de Beaugency, construit par Dunois en 1440, a été utilisé comme dépôt de mendicité de 1839 à 1925 - Grandes salles avec cheminées monumentales, plafonds et solives moulurés - Très belle charpente - Dans l'oratoire de Dunois, plafond peint au commencement du XVIème siècle".

On peut lire dans le Guide Pittoresque du Voyageur en France, le Loiret de 1993, réédition de 1838 :

"Beaugency : Ville ancienne, très agréablement située sur le penchant d'un coteau et dans le fond d'un vallon qui borde la Loire, que l'on traverse en cet endroit sur un pont en pierre de trente-neuf arches - L'antiquité de cette ville est constatée par des médailles des empereurs romains, trouvées dans différents lieux de son enceinte, et par une tour ancienne et très élevée, qui est l'un des édifices principaux de la vue générale de cette ville, que nous joignons à cette Livraison - Elle était jadis défendue par un ancien château fort, sur les ruines duquel fut construit plus tard celui dont on voit encore les restes - Le château de Beaugency, quoique bien fortifié, ne put cependant préserver la ville des ravages qu'y exercèrent Attila en 451, Odacre, roi des Saxons, en 480, les Normands en 854 et années suivantes, le prince de Galles en 1367, les Anglais en 1411 et 1428 - Le duc d'Alençon et Jeanne d'Arc l'enlevèrent aux Anglais en 1429".

"Dans le XVIème siècle, la ville fut si souvent prise et reprise pendant les guerres de religions, qu'elle ne s'est jamais relevée des désastres qu'elle éprouva à cette époque".

"La tour de Beaugency, étonnante par sa construction et par son élévation, offre un parallélogramme de 72 pieds de long sur 62 pieds de large ; elle était jadis environnée de murailles particulières ; sa couverture, qui était en plomb et en ardoise, fut brûlée en 1568 ; par suite de l'incendie d'une abbaye qui en était très proche, et à laquelle les protestants mirent le feu - En 1767, son élévation était de 125 pieds ; mais on fut forcé alors d'en démolir environ dix pieds qui menaçaient ruine : deux vedettes ou guérites étaient construites à ses deux angles supérieurs nord-est et sud-est, et il régnait tout autour un rempart qui faisait un peu saillie au dehors des murs, dont l'épaisseur pouvait être de huit à neuf pieds".

"L'origine de cette tour est fort ancienne, mais on ne saurait en fixer l'époque - La partie inférieure est séparée du reste du monument par des voûtes en pierre, bâties en plein cintre, et qui reposent sur de forts piliers carrés - Elle est éclairée par des jours étroits ; un puits très large s'y trouvait pratiqué - On arrivait aux étages supérieurs par un escalier dont il ne reste plus que quelques degrés, et par une communication établie entre le premier étage et le château - Deux arcs à plein cintre reposant sur des colonnes et s'appuyant sur des buttées saillantes dans l'intérieur, partagent la tour en deux parties presque égales du nord au sud, depuis le premier étage : ces arceaux et ces colonnes, superposées les unes sur les autres, soutenaient les planchers - Quatre corps de cheminées ont été pratiqués par dessus les unes des autres dans l'épaisseur des murs, à l'est et à l'ouest ; ils servaient aux quatre étages supérieurs, et sont plus récents que le reste de la tour; leur forme est celle qu'on leur donnait du temps de François 1er - La tour de Beaugency offre encore aujourd'hui une masse imposante qui fait distinguer cette ville de très loin ; elle est adossée du côté de l'ouest à un monticule d'environ 30 pieds de hauteur et de 100 pieds de surface, qui paraît avoir été fait de main d'homme dans les temps les plus reculés".

"L'hôtel-de-ville de Beaugency est encore un des édifices remarquables de cette ville - Il offre une façade élégante et gracieuse, presque semblable, mais dans des dimensions plus petites, à celle de l'ancien hôtel-de-ville d'Orléans - Cette façade est sculptée avec goût, ornée de bas-reliefs, de portraits, et d'une salamandre qui caractérise le règne de François 1er".

"Beaugency était autrefois totalement entouré de murs, flanqués de tours et de bastions, dont il reste encore une partie - Les fortifications du château s'étendaient alors jusqu'au pont ; elles ont été détruites en 1767 - Au delà du pont, et très près de la ville, existe une fontaine d'eau minérale ferrugineuse froide, découverte en 1787".

"A 1 L. 1/2 de Beaugency, près de la métairie de Ver, au centre du clos qui produit l'excellent vin de Guignes, on remarque, à peu de distance du beau château d'Avaray, un dolmen d'une dimension considérable - Formé d'une pierre immense, il était soutenu par huit autres pierres placées verticalement ; la table horizontale, divisée aujourd'hui en trois morceaux, avait 20 à 21 pieds de long sur 14 de large ; son épaisseur est de 3 pieds ; la moitié environ est encore soutenue par trois pierres verticales - Divers lichens et des plantes parasites croissent sur ces débris ; un orme, qui s'échappe de dessous la partie que le temps et les orages ont respectée, s'élève à 30 pieds au dessus du dolmen, et couvre de son ombrage ce monument aussi recommandable par son antiquité que par sa masse imposante".

"Beaugency est la patrie d'Aignan, littérateur et auteur dramatique, et du physicien Charles, qui, le premier, appliqua le gaz hydrogène aux aérostats - Fabriques de draperies ; distilleries d'eau-de-vie ; nombreuses tanneries - Commerce de vins très estimés de son territoire, d'eau-de-vie, grains et farines - Pop. 5,000 h. - A 6 L. d'Orléans - Hôtels de la Forêt, du Grand Cerf, de l'Ecu".

On peut lire dans les Châteaux & Manoirs de l'Orléanais de 1997 ce qui suit :

"Château de Beaugency : Ouvert au public : Ce château comprend la Tour de César et le château Dunois".

"La tour de César est en réalité un énorme donjon roman du XIème siècle aujourd'hui en ruines - La seigneurie de Beaugency changea plusieurs fois de mains pendant la guerre de Cent Ans - Jeanne d'Arc et le duc d'Alençon la reprirent en 1429"

"Le château du comte Dunois a été construit par Dunois Bâtard d'Orléans en 1440 sur l'emplacement de l'ancien manoir féodal des sires de Beaugency - De cette époque subsiste l'aile de l'entrée - L'aile opposée et la tourelle de l'escalier de la façade intérieure ont été élevées en 1530 par son petit-fils Jean II de Longueville - Dans l'ancienne chapelle Saint-Georges où est passée Jeanne d'Arc, on voit les armes du Bâtard d'Orléans qui font face à celle du cardinal, son petit-fils, avec cette devise : "Cor mundum crea in me Deus" : "Mon Dieu, créez en moi un coeur pur" - Les guerres de religion furent particulièrement sanglantes à Beaugency - La cité fut incendiée en 1657 - En 1663, la ville fut rattachée à l'apanage de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV".

"Un musée des arts et traditions populaires a été aménagé dans le château".

Curiosités : L'église Saint Etienne du XIème siècle, autrefois occupée par un prieuré de bénédictins a été restaurée. 

L'abbatiale Notre-Dame du XIIème siècle, est l'une des plus belles architectures romanes de la vallée de la Loire - La chapelle de l'Hôtel-Dieu dont certaines parties datent du XIIème - Le Clocher-Porche de Saint-Firmin est du XVIème siècle, il reste des vestiges de l'église Saint-Firmin.

Le château de Beaugency ou château Dunois, date du XVème siècle - Dunois fils illégitime du duc d'Orléans, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, vécu pendant 17 ans en son château - Aujourd'hui le château renferme le musée Daniel Vannier ouvert en 1928, on y admire les collections des arts et traditions de l'Orléanais.

Le donjon ou la Tour de César, date du XIème siècle - Elle était une demeure seigneuriale - La tour de l'Horloge ou le Gros-Horloge est quant à elle, du XVème siècle - C'est l'ancienne Porte Vendômoise.

L'Hôtel de Ville ou la mairie élevé en 1526, sur les terrain de l'ancienne auberge de la Croix Blanche et acquis par les échevins, qui se trouvaient trop à l'étroit dans l'ancien "Paloüer aux Bourgeois", possède une remarquable façade Renaissance, qui n'est pas sans rappeler celle de l'hôtel de ville d'Orléans - Viar, architecte d'Orléans en est l'auteur - Les tapisseries, à l'intérieur sont du XVIème siècle.

La Maison des Templiers date du XIIème et l'ancienne prison se situe aux XIV et XVèmes siècles - On découvre à travers les rues de Beaugency quelques maisons des XIV et XVème siècles.

Le Pont de 440 mètres est très ancien - Certaines parties datent du XIVème siècle - La Porte de Tavers fait partie de ce qui reste du mur d'enceinte.

Personnages : Etienne Aignan : 1773-1824 - Littérateur et auteur dramatique, il occupa le fauteuil de Bernardin-de-Saint-Pierre en 1815, à l'Académie Française.

Charles : né en 1746 - Physicien de l'Académie des Sciences, fut le premier à appliquer le gaz hydrogène aux aérostats.

Gaston Couté : Beaugency 1880 - Paris 1911 : Poète et dramaturge passe toute son enfance à Meung-sur-Loire où ses parents sont meuniers - Il est inhumé dans cette ville.

Lambert Daneau : Beaugency 1530 - Castres 1593 : Protestant, pasteur à Gien, professeur de théologie à Genève, ministre à Orthez et à Castres.

Jacques Lablée : né en 1751 : Littérateur.

Pellieux : Auteur d'une "Histoire de Beaugency, éditée en 1798.

Ressources : Céréales - Polyculture - Quelques moyennes et petites entreprises.

Animations et loisirs : Autrefois : Fête patronale - Fête du Petit Mail, le dimanche le plus près du 25 août - Aujourd'hui : Marché : le vendredi ou le samedi si férié la veille - Foire : le 1er mai et le 1er septembre si dimanche la veille - Stade nautique - Golf.

Hameaux : Garambault - La Cordière - La Motte Saint-Etienne - Le Haut-du-Colombier -  Les Chaussées - Les Hauts-de-Lutz - Les Marais - Les Mardelles - Les Saulaies - Vernon - Châteaux : Du Verger - De l'Abbaye - De Longchamps - De l'Hospice de Beaugency.

Bibliographie : Recherches Historiques sur l'Orléanais de l'abbé Patron de 1870 - Almanachs du département du Loiret de 1882 et de 1908 - Promenades Pittoresques dans le Loiret, châteaux, monuments, paysages par M. Emile Huet, dessins de Paul Pigelet de 1887 à 1899 - Dictionnaire Biographique et Historique Illustré de 1910 -  Dictionnaire des Communes de 1926 - Indicateur Général du Loiret de 1926  - Annuaire général d'Orléans et des communes du Loiret de 1938 - Indicateur Général du Loiret de 1955 - Paroisses et Communes de France, Loiret de 1982 - Guide Pittoresque du Voyageur en France, le Loiret de 1993, réédition de 1838 - Châteaux & Manoirs de l'Orléanais de 1997 - Divers Sites Internet - Bulletins municipaux - Dépliants communaux - etc....

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