COMMUNES DU LOIRET
COMMUNE
BEAUNE-la-ROLANDE
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Beaune-la-Rolande - 45340 - Chef - Lieu de Canton
Habitants - les Beaunois
| 1876 | 2 031 hectares | 1 976 habitants | ||
| 1891 | "" | 1 782 habitants | ||
| 1911 | 2 031 hectares | 1 762 habitants | ||
| 1921 | "" | 1 620 habitants | ||
| 1931 | 2 031 hectares | 1 703 habitants | ||
| 1954 | 2 055 hectares | 1 721 habitants | ||
| 1962 | "" | 1 758 habitants | ||
| 1975 | 2 055 hectares | 1 929 habitants | ||
| 1990 | "" | 1 877 habitants | ||
| 1999 | 2 055 hectares | 2 102 habitants |
Distance de Paris : 102 kilomètres - Distance d'Orléans : 46 kilomètres
Distance de Pithiviers : 19 kilomètres
Cours d'eau : Rivière : La Rolande - Ruisseaux : La Fontaine et le Renouard
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Beaune-la-Rolande - Variante orthographique : Beaune-en-Gâtinois - Beaune-en-Gâstinois - Beaune-la-Rivière - Par ordonnance du 27 août 1823, Beaune prend le nom de Beaune-la-Rolande - En 1790, Beaune, est chef-lieu de canton, pour ne plus en bouger - A cette époque, la commune fait partie de l'arrondissement de Pithiviers - En 1926, Beaune-la-Rolande rejoint l'arrondissement de Montargis pour revenir par la suite à celui de Pithiviers.
On peut lire dans les Recherches Historiques sur l'Orléanais de l'abbé Patron de 1870 T.II, ce qui suit :
"Canton et Doyenné de Beaune-la-Rolande : Dans le canton et doyenné de Beaune-la-Rolande, on compte 24 483 hectares de superficie, 15 175 habitants, 19 communes, 19 paroisses, 1 cure de seconde classe, 18 succursales, 2 vicariats, 19 églises, 21 prêtres, 2 chapelles de communautés, 1 chapelle domestique, 3 chapelles de pèlerinages, 2 hospices tenus par des religieuses, 6 maisons de religieuses dirigeant les écoles et visitant les malades".
"La ville de Beaune la Rolande est située sur la route de Pithiviers à Montargis et sur le chemin de Beaumont à Boiscommun et à Bellegarde - Son territoire, arrosé par le ruisseau du Renard et composé de 2 030 hectares, de terrain tertiaire moyen très fertile, produit des céréales du vin, des plantes fourragères et du safran".
"Le nom de Beaune vient de "Belna", Belna peut dériver de "Belenus", divinité païenne - Le nom de "Rolande" peut venir de Roland, neveu de Charlemagne, seigneur de Beaune au commencement du IXème siècle - La ville de Beaune est très ancienne - Plusieurs historiens pensent qu'il y eut en ces lieux une forteresse celtique, puis un établissement gallo-romain considérable, ainsi que l'attestent les ruines et fondations d'anciens édifices qui ont été découvertes dans tout ce territoire - Ce que l'on appelle aujourd'hui le "Chemin chaussé", est l'ancienne voie romaine de Sens à Orléans".
"Citons d'abord ce que rapporte Dom Morin sur cette ville page 282 : "A trois quarts de lieues de Gaubertin (il y avait là un couvent relevant de Ferrières et bien connu à cette époque), tirant vers le midi, il y a une petite ville nommée Beaune-en-Gâtinais, avec ses faubourgs tout autour - Tout ce lieu néanmoins est champêtre - Il y a quelques soixante ans qu'il y avait de belles et grandes maisons à ce faubourg qui va à Boiscommun, lesquelles maisons s'appelaient la Prévainville, et souvent le roi Louis XI y hébergeait, allant de la Mothe-Egry à Boiscommun, à Orléans et à Cléry - La ville de Beaune a été premièrement fondée par le comte Roland et donnée à messieurs de Saint Denis en France, pour l'entretien de leurs chausses et souliers - Par la charte de don qu'il leur fit, il promit de les maintenir et défendre envers tous et contre tous au tranchant de son épée - Les messieurs de Saint Denis, sont hauts seigneurs justiciers et châtelains dudit Beaune, et comme tels leur furent adjugés les biens et héritages de feu messire Odo Périou, prêtre et curé dudit Beaune - Ladite terre et seigneurie contient quatre lieues d'étendue et 82 fiefs qui en relèvent ; en outre Frédéric, comte de Gâtinais, donna l'église de Boiscommun, avec 50 pièces de vin à l'abbé de Saint Denis".
"Le récit de l'historien du Gâtinais est confirmé par le chanoine Hubert - Cependant le chanoine pense que la ville de Beaune existait avant l'arrivée de Roland, fils de Milon, comte du Mans et de Berthe, soeur de Charlemagne".
"En 862, une assemblée d'évêques, convoquée à Soisson, examina les avantages que les religieux de Saint Denis retiraient du domaine de Beaune en Gâtinais et des traités faits avec Foulquard et Aglard, et autres hommes francs de cette ville".
"En 1112, le patronage de l'église de Beaune fit donné à l'abbaye et aux religieux de Saint Denis, par Daimbert, archevêque de Sens - Dans sa charte de donation, le prélat réserva ses droits de synode, de visite et de justice canonique - Suger, abbé de Saint Denis en 1122, rapporte que la terre de Beaune était des plus fertiles en blé, en vin et en toutes sortes de fruits - Cependant lorsqu'il entra dans son abbaye de Saint Denis, le domaine était presqu'inculte et ne produisait que trente livres de rentes - Usant de son crédit auprès du roi Louis-le-Gros, Suger obtint que cette châtellenie fût déchargée de deux procurations ou droits : l'un en faveur des moines, l'autre touchant une collecte ou recette des habitants de la campagne, de "collecto rusticorum".
"Les papes Lucius, Innocent III et Alexandre IV, par bulles des années 1183,1198et 1259 confirmèrent les privilèges accordés à l'abbé de Saint Denis, tant pour le patronage de l'église que pour la possession de la ville de Beaune, et ses droits de juridiction temporelle".
"En 1429, les Beaunois envoyèrent du secours à la ville d'Orléans et combattirent sous l'étendard de Jeanne d'Arc, contre les Anglais - Ceux-ci se vengèrent de leur défaite contre les habitants de Beaune - Ils s'emparèrent de leur ville et la ruinèrent presque entièrement"
"Le roi Charles VII, pour témoigner sa reconnaissance à la ville de Beaune, fit construire sur les ruines de l'ancienne église brûlée par les Anglais, la nouvelle et charmante église qui existe encore et qui porte sur une clef de voûte les armes de son royal fondateur - François 1er, au commencement du siècle suivant, ne négligea rien pour effacer les dernières traces des ravages faits par les Anglais : il entoura la ville de nouvelles fortifications, restaura la grosse tour qui était située au milieu d'un vaste étang dont les eaux baignaient les pieds de la forteresse et protégeaient la ville en remplissant les fossés profonds des bastions et des remparts - Cinq portes donnaient entrée dans cette ville ainsi restaurée et apparaissant avec un nouvel éclat - Mais toutes ces fortifications et ces belles murailles, décorées des sculptures gracieuses du XVIème siècle, devaient disparaître successivement".
"Déjà, au XVIIème siècle la tour, naguère si redoutable, n'était habitée que par des pigeons - Aujourd'hui, il n'y a plus ni tour, ni château-fort, ni étang, ni fossés, ni murailles ; tout est nivelé, cultivé, planté d'arbres ou transformé en jardins et en promenades".
"Les religieux de Saint Denis possédèrent la seigneurie de Beaune jusqu'au milieu du XVIème siècle - A cette époque elle passa entre les mains d'Achille de Harley, comte de Beaumont".
"Au XVIII siècle, l'église avait un beau clocher qui fut détruit par la foudre ; une belle sonnerie composée de quatre cloches, dont la plus grosse pesait six livres - En 1793, l'église fut dépouillée de trois cloches - Il ne resta que la moyenne qui servait de timbre à l'horloge".
"La belle église de Beaune s'élève sur une ancienne crypte ou chapelle souterraine qui, fut dédiée à Saint Pipe et referma son tombeau - Les voûtes de cette crypte remarquable où semble se dessiner l'ogive naissante, sont soutenues par des piliers massifs, d'un aspect imposant et d'une simplicité de style qui révèle le XIIème siècle - Les murs sont ornés de peintures qui figurent des briques disposées en losanges et en zigzags selon les caprices du style Bysantin - C'est là que l'on voyait une riche châsse d'argent en forme de buste contenant le chef de Saint Pipe - C'est là qu'on vient encore en pèlerinage prier auprès des reliques du Saint, qui ont échappé à l'incendie de l'église et aux ravages des révolutions".
"L'historien du Gâtinais raconte en ces termes la vie de Saint Pipe : "Saint Pipe était natif de Beaune, et en ses jeunes ans menait paître les ouailles de son père, après la mort duquel il vendit ses quelques héritages et les donna aux pauvres, s'en réservant quelque chose seulement, pour aller aux études à Orléans, où il profita si bien en peu de temps qu'il se rendit capable d'être promu aux ordres de diacre avec Saint Mathurin, sous Polycarpe, archevêque de Sens, après quoi il s'achemina vers Toulouse pour y vivre ermite et solitaire" - Saint Pipe revint dans son pays natal où il mourut en 1306".
"A une lieu dudit Beaune est une très belle fontaine appelée la fontaine de Saint Pipe où le monde des villages d'alentour vient en procession en temps de sécheresse, afin que par la grâce de Dieu la pluie soit envoyée - En l'année 1619, le 9 de juin, se trouvèrent plus de soixante processions, celles de Nemours, Montargis, Pithiviers, Larchant, Boiscommun et autres - Après la messe célébrée, il y eut très grande pluie dont procès-verbal fut dressé par les prêtres et curés qui étaient venus en procession".
"Les travaux de réparation et d'ornementation de l'église, inaugurée avec succès par M. Maugas, ont reçu leur entier accomplissement sous la direction de M. Boudard son successeur - Les ornements, les vases sacrés, l'autel, l'ameublement, les jeux d'orgues, tout fut renouvelé par le zélé et généreux pasteur - Restait le retable du maître-autel en bois sculpté et le tabernacle décoré de colonnes, de statues et d'ornements divers du style de la Renaissance - Ce chef-d'oeuvre de sculpture, appartenant autrefois à l'église Saint Victor d'Orléans, vient d'être entièrement réparé et doré - Ensuite la châsse de Saint Pipe ainsi que la chapelle souterraine furent restaurées avec goût et avec le plus grand soin".
"Statistiques : Au XVIIIème siècle, la ville de Beaune était du diocèse de Sens, de l'intendance d'Orléans de l'élection de Montargis - La cure possédait un revenu de 1 400 livres - Les religieux de Saint Denis avaient le droit de nommer le curé - Le seigneur justicier du pays était M. de Harlay - Cette paroisse comptait alors 2 147 habitants".
"En 1869, Beaune compte 1 962 habitants dans le bourg et dans 15 hameaux - Le plus éloigné est à 2 kilomètres - Beaune possède : juge de paix, notaire, huissier, brigade de gendarmerie à cheval, perception, caisse d'épargne, bureau de poste - Il y a foires le mercredi des Cendres, le mardi après le 4 juillet, le mercredi avant le 1er septembre, le 12 novembre".
"Les paroisses limitrophes sont : Barville, Egry, Juranville, Saint-Loup, Montbarrois, Saint-Michel, Batilly".
"L'église, très ancienne fut construite au XVème siècle, sous le vocable de la Saint Martin et de Saint Pipe - Elle a 40 mètres de longueur sur 17 mètres de largeur et peut contenir 800 personnes - La restauration du beau clocher a coûté 80 000 francs -
"Le presbytère, les écoles des filles sont auprès de l'église - Le cimetière, est a 500 mètres - L'école des garçons est à 300 mètres - L'école des garçons est dirigée par un instituteur ; l'école des filles et le pensionnat, par les religieuses de la Présentation de Tours".
"L'église possède des reliques de Saint Pipe - L'ancien pèlerinage de Saint Pipe est très fréquenté - Il y a une chapelle à l'hospice qui est desservi par les soeurs de la Présentation - Curés : MM. Frons en 1803, Choliagon en 1836, Maugas en 1852, Boulard en 1864".
"Les confréries du Saint Sacrement, de la Sainte Vierge, du Saint-Coeur de Marie, de Notre Dame du Mont Carmel et de Saint Roch, les associations de persévérance, de la propagation de la Foi, de la Saint Enfance, les fêtes des corps d'états, de Sainte Barbe et de Saint Vincent, le chemin de la Croix sont établies dans cette paroisse - Les religieuses des écoles vont secourir les malades à domicile".
On peut lire dans Promenades Pittoresques dans le Loiret, châteaux, monuments, paysages par M. Emile Huet, dessins de Paul Pigelet de 1887 à 1899 : Extraits :
"On chercherait en vain à Beaune des restes de la ville ancienne - Au sud et au nord, tout au long des mails, plantés sur les fossés comblés, on voit encore ici et là les restes des tours rondes des antiques fortifications ; rasée à demi ou couvertes d'un toit pointu, elles ont sous leur vulgaire crépi l'aspect le plus débonnaire - Seul, un cul de lampe en encorbellement à l'angle Sud de la route qui entre en ville en venant de Batilly, peut passer pour un reste architectural d'une ancienne poterne - A l'intérieur de l'hôtel de la Barbe Blanche, une vieille porte bien mutilée mais sommée d'une accolade fleurie, témoigne là encore de l'existence d'une demeure d'importance, et c'est tout, du moins pour les édifices civils".
"Mais, là comme ailleurs, l'église restée debout et épargnée par la guerre dernière est pour nous dire ce qu'elle a conservé de l'histoire architecturales de la ville".
"Les vieux annalistes racontent qu'elle fut brûlée en 1427 par les Anglais et rebâtie au temps de Louis XI sur l'invitation du Roi, grâce à ses libéralités et à celles des fidèles suscitées par le zèle de Louis de Melun, archevêque de Sens - On se donnait alors peu de peine et on n'avait qu'un médiocre souci du respect de l'architecture - On répara dans le style primitif, mais on refit un sol nouveau sur les décombres - Ce n'est que vers 1850 qu'on déblaya de près d'un mètre pour retrouver à l'intérieur le sol ancien et les fûts des colonnes, et à l'extérieur la première marche de l'escalier d'entrée".
"Cet escalier compte douze degrés - Il mène à une porte en cintre surbaissé qui accède dans la tour carrée du clocher - Butée aux angles par de solides contreforts, striées de chaque côté et au dessus de la porte par deux fentes verticales qui sont évidemment les glissières des chaînes d'un pont-levis, elle a dû faire certainement partie du système défensif de la ville ancienne - Cette tour, d'ailleurs, porte tous les caractères d'une construction du XIIIème siècle - Le cordon de modillons du style le plus primitif, sur lequel repose le toit de l'église du côté Sud, témoigne aussi de l'origine la plus reculée - De même c'est encore au XIIème siècle, au moins, qu'il faut faire remonter la construction de la crypte qui règne sous l'étendue du choeur - Cette crypte assez basse constitue à elle seule une église de trois nefs de deux travées - L'ogive en est surbaissée ; les nervures sans moulures retombent au centre sur deux piliers trapus ayant pour chapiteaux des tailloirs tout simples et se continuent jusqu'au sol - Trois petites fenêtres, dépassant d'un mètre à peine le niveau extérieur, éclairent l'église plein d'un religiosité pénétrante, obtenue par le style sévère du monument et la coloration grise de la belle pierre dure de la construction".
"De la crypte, on monte à droite dans l'église et à gauche directement sur la place - De style ogival évidemment postérieur à celui de la crypte, l'église est d'une élégante simplicité - Une nef, un peu étroite malheureusement, et ses bas-côtés avec un choeur surélevé de quatre marches, donne un air de grandeur à des colonnes légères continuant jusqu'au sol les retombées des voûtes ; quelques une d'entre elles, notamment à la première travée du choeur comme à celle de la nef, sont formées dans le fût de larges cannelures montant en spirales jusqu'au toit ; bref, c'est là un spécimen très pur de l'architecture des XIVème et XVème siècles".
"Enfin, les siècles suivants ont apporté eux aussi leur contingent à l'église - C'est d'abord un magnifique autel de bois sculpté et doré avec des colonnettes de marbre alternativement gris et rouge qui doit venir de l'église Saint-Victor d'Orléans : on peut voir en effet, gravés sur les consoles du dôme qui surmonte le tabernacle, les chiffres SI et SV composés de lettre entrelacées - Cet autel, qui comprend de fort jolis panneaux représentant des scènes de l'ancien et du nouveau testament, doit être une oeuvre du XVIIème siècle".
"Mais c'est surtout une nef nouvelle ajoutée au bas-côté Nord qui porte la marque indiscutable du XVIème siècle - On dit à Beaune qu'elle fut bâtie par Ducerceau alors qu'il construisait à Montargis l'église de la Madeleine - La tradition est vraisemblable ; ce qui est certain, c'est le curieux effet produit à l'intérieur par la juxtaposition de ces deux styles si différents : ici l'ogive gothique, là le cintre renaissance et ces jolies niches sommées de coquilles qui sont dans les chapelles - A l'extérieur, le mélange se manifeste surtout par les meneaux cintrés des fenêtres ogivales ; toutefois la Renaissance y apparaît de façon plus dominante - Les fenêtres sont encadrées de piliers plats terminés en haut par un chapiteau fleuri et ornés en leur milieu de niches que couvrent ces jolis dômes à pinacles superposés - Au-dessous du cintre, se trouve une porte, celle qui s'ouvre sur l'escalier de la crypte, sculptée, au-dessus du cintre, de deux médaillons dont les têtes se regardent et, dans le tympan, d'un buste de femme - Le bandeau porte encore quelques caractères gothiques malheureusement trop abîmés pour être lisibles".
"Plus loin, au delà de la dernière travée de l'église qui se termine par un chevet plat, se trouve une porte encore de style et d'ornemen- tation identiques - A celle-ci l'inscription peut se lire ou tout au moins se restituer avec certitude - C'est sur le bandeau cette sentence : "Movrir convient c'est chose sevre nvl ne revient de povrritvre" , et au-dessus du tympan, autour d'une pierre sculptée où l'on devine un cavalier, ce verset de l'Apocalypse (chap. VI, V 8) : "Et ecce equus pallidus, et qui sedabat super eum nomem illi mors".
"Les textes suffiraient à établir que c'est la porte d'un cimetière - Il est depuis longtemps désaffecté et son aspect intérieur est des plus curieux - Que veulent dire ces arceaux en ogive dont la nef est à peine à deux mètres du sol ? - Que fut cette fenêtre à aspect de meurtrière ce contrefort arasé au niveau du sol, ces naissances d'arêtes avec cul de lampe sculpté le long du chevet de l'église ? - Construction ruinée ou inachevée, reprise puis abandonnée ? - L'Histoire est muette et les morts qui ont été là ne peuvent parler plus qu'elle - Leur langage à tous est toutefois éloquent ; ils disent que le temps et l'oubli sont de grands démolisseurs et qu'à côté de l'église qui, tout en se transformant, vit et demeure comme l'âme elle-même, le cimetière comme le corps périt et que, pour lui, "mourir convient c'est chose seure !"
"Pour les pierres, au moins, les hommes ont souci de les faire revivre - C'est ce qui est arrivé il y a quelque trente ans pour le clocher de l'église - Un incendie formidable survenu le 15 juillet 1861 en avait consumé la flèche, brûlant avec elle une cloche qui portait la date de 1538 - Il a été reconstruit et inauguré solennellement le 28 mars 1865 - Il avait autrefois cette forme en spirale que nous avons rencontrée à celui de l'église de Puiseaux ; les faces en sont aujourd'hui rectilignes et on l'a accompagné à la base de quatre clochetons aigus couronnant les contreforts de la tour".
"Ajouré à mi-hauteur d'une logette où en 1870 l'armée allemande avait installé un poste de vigie, il pointe léger vers le ciel et domine la ville dont les maisons gentiment étagées à ses pieds jusqu'au fond du vallon - On en juge bien en se plaçant sur la route de Boiscommun, près du monument qui rappelle la bataille ; mais on en juge mieux encore en abordant le bourg de l'autre côté par la route qui vient de Juranville - Au passage à niveau de chemin de fer de Bellegarde, le tableau est charmant : à droite, la flèche de l'église, tout en haut ; au centre, tombant en cascades d'ardoises bleues, de tuiles rouges et de crépis blanc, les maisons ; en face, les raies noires de la voie ferrée ; à gauche enfin, un monticule gris sur lequel un moulin-à-vent tourne ses ailes vite, comme pour inviter à descendre à lui le clocher dont la hauteur le gêne - Tout d'un coup un train passe soufflant et sifflant, comme ironique, et le clocher demeure tranquille, regardant avec pitié le moulin qui s'agite".
"Pourtant ! c'était le 28 novembre 1870 - La haute silhouette du clocher nous fait lever la tête et monter à l'esprit le souvenir des Prussiens d'hier - Il y a vingt cinq ans, ils étaient là, brûlant, tuant, saccageant ! - Comme cela semble déjà loin et comme c'est près, pourtant ! - Ils occupaient Beaune-la-Rolande, et les nôtres, malgré leur héroïsme, n'ont pu les en déloger - La Providence ne l'a pas voulu, mais elle nous a laissé au moins cette consolation de pouvoir dire comme le roi François 1er, le prisonnier de Pavie, qui avait vaincu à Marignan avec Jehan de Bougy, sire de Gaubertin : "Tout est perdu fors l'honneur !".
"Refoulés à Ladon, les troupes du dix huitième corps durent se replier vers l'arrière, tandis que les Prussiens fortifiaient leur concentration dans Beane-la-Rolande - Néanmoins elles revenaient bientôt à Ladon évacué pour se reporter à nouveau dans la direction du Nord - L'objectif c'était Beaune-la-Rolande, à l'Ouest duquel se trouvait le vingtième corps, et pour y parvenir, il fallait enlever Mézières et Juranville - Ce fut le 28 novembre que le mouvement commença - Les Côtelles, hameau entre Juranville et Beaumont, étaient prises sur l'ennemi vers trois heures - Hélas ! les jours sont courts en ce mois de novembre ; il fallut trop de temps à nos troupes qui avaient encore cinq kilomètres à parcourir pour arriver en temps utile à Beaun-la-Rolande".
"Là, depuis le matin, le 20ème corps venant de Boiscommun se battait hardiment - Il était arrivé à envelopper Beaune et à l'approcher au Sud-Ouest à moins de 200 mètres - Un premier assaut pénètre dans les rues ; mais il est ramené par un feu violent - Un second assaut se rue jusqu'aux premières maisons ; il est accueilli par le feu à bout portant : "les chevaux tressautaient devant la flamme rouge des fusils...." Hurrah ! le 18ème corps arrive, mais hélas ! il fait nuit et il faut battre en retraite !... La bataille était perdue...".
"Un monument élevé à 200 mètres de Beaune, sur la hauteur au bord de la route de Boiscommun, enregistre ce fait d'armes - Comme celui de Mézières, il se compose d'une pyramide tronquée en pierre blanche qui est couverte d'inscription - Face à la route, on lit :
"Bataille du 28 novembre 1870
armée de la Loire, 20ème Corps.
A la Mémoire
Des Soldats Français glorieusement tombés à l'attaque de
Beaune-la-Rolande".
"Sur les faces perpendiculaires à celle-ci on a inscrit le nom des troupes qui prirent part à la bataille - Ce sont les régiments des Gardes-mobiles du Jura, de la Loire, de la Savoie, du Haut-Rhin, des Deux-Sèvres, de Haute-Loire, de Haute-Garonne et de Saône-et-Loire ; les Francs-tireurs de l'Alsace ; le 22ème de ligne ; les 85ème et 99ème de Marche ; le 1er bataillon d'Afrique ; le 3ème Zouaves de marche - Puis, vers la plaine ces mots : "402 soldats français enterrés autour de Beaune ont été exhumés et leurs restes déposés au cimetière de cette ville" - "A cet endroit, ajoute l'inscription, existait une colonne commémorative élevée en 1871 par les habitants reconnaissants" - En 1895, le Conseil municipal, les anciens Combattants et le Souvenir Français ont érigé ce nouveau monument".
"Parmi les troupes qui se signalèrent à ce combat, le 3ème zouave de marche a droit à une mention toute particulière - Une plaque posée tout récemment par les soins du Souvenir Français à l'entrée en ville de la route de Boiscommun rappelle la furia toute française avec laquelle il attaqua la barricade prussienne".
"Un monument élevé dès 1871 à la mémoire de Frédéric Bazille, un de ses sergents, à la place même où il tomba frappé de deux balles au bord de la Rolande, lui fut un témoin des premiers jours - "Ils partirent en laissant là le repos, leurs mères et leurs soeurs, tout ce qui attache le coeur sur cette terre - Ils furent à la fois des héros et des martyrs" - Ces paroles de Mgr Dupanloup gravées sur le tombeau, résument admirablement la valeur à laquelle doit être estimée leur mémoire à tous - Que Dieu, dans sa prévoyance infinie, garde à la France une ample réserve de pareils dévouement !".
"Vingt huit ans de paix ont passé - Le bruit de la fusillade a cessé et les traces des balles ont disparu - Beaune-la-Rolande vit tranquille dans son existence de petite ville campagnarde".
On peut lire dans le Dictionnaire Biographique et Historique Illustré de 1910 ce qui suit :
"Beaune-la-Rolande : Cette localité, qui a une très haute origine, était jadis comprise dans le Gâtinais français, chef-lieu Nemours, et non dans le Gâtinais orléanais, chef-lieu Montargis - Puis, elle dépendit du duché de Beaumont, dont les derniers seigneurs appartenaient à la famille de Montmorency-Tingry".
"M. Marotte a écrit dans ses notes sur l'Orléanais, après d'autres, que Beaune-la-Rolande fut le "Vellaunodunum" de César que M. Petit et Napoléon III ont placé à Triguères, Lancelot à Châteaulandon et Jollois à Sceaux - Mais il s'agissait d'une autre localité, située au Nord de celle-ci, entre les villages de Romainville et de la Bretonnière, au lieu-dit, il y a 150 ans, les bois de Beaune".
"Ces bois de Beaune, défrichés à l'époque, auraient permis de mettre à jour l'ancienne cité de César : médailles, tombeaux, substructions gallo-romaines, dolmen et menhir mégalithiques, armes diverses".
"Ces découvertes fortifient la thèse des historiens de Beaune-Vellaunodunum - Ils ajoutent que c'est à Beaune que Vercingétorix aurait éprouvé sa première défaite - Cette ancienne ville aurait existé jusqu'au VIIIème siècle, tout au moins jusqu'aux grandes invasions - Au VIIIème siècle, Roland, neveu de Charlemagne et fils de Milon, comte du Mans, et de Berthe, soeur de l'empereur, aurait fondé la nouvelle ville autour de l'église primitive, déjà existante où elle est du temps de l'ancienne ville - Roland donna cette terre à l'abbaye de Saint-Denis ; l'abbé Suger fut donc seigneur de Beaune, qui fut une des cités les plus patriotiques qu'on ait eues - Du temps de la guerre de Cents ans, au cours de laquelle on eut à déplorer tant de trahisons, elle envoya des secours à Orléans et à Jeanne d'Arc".
"Pour se venger, les Anglais s'emparèrent de la ville qu'ils ruinèrent - François 1er reconstruisit une vieille tour celtique en ruines, au milieu d'un étang qui alimentait les fossés de la ville, et entoura celle-ci de murs qu'il perça de cinq portes ornées de sculptures dans le goût de la Renaissance - Il ne reste plus rien de tout cela, pas même l'étang qui a disparu sous le nivellement général".
"Au XVIème siècle, la seigneurie de Beaune-la-Rolande passa de l'abbaye de Saint-Denis dans la maison d'Achille de Harlay, comte de Beaumont ; ses descendants l'ont conservée jusqu'à la Révolution".
"L'église primitive s'élevait sur une crypte - N'ayant pas été brûlée, ni détruite pendant les guerres du Moyen Âge, elle conserve encore les piliers, les voûtes et les briques disposées en losange de l'époque de la transition".
"On voit, à l'église, une châsse d'argent contenant le buste de Saint Pipe, un saint, natif de Beaune où il est mort, en 1306, après avoir passé presque toute sa vie dans un ermitage - On montre, près de Beaune, à Barville, une fontaine, qui porte son nom et qui était, naguère encore, l'objet d'un pèlerinage séculaire en temps de sécheresse - La crypte et la châsse de Saint Pipe ont été restaurées vers 1860".
"Un double escalier conduit de la crypte à l'église qui se trouve surhaussée - Cet escalier aboutit à une porte donnant sur la rue, porte ornée dans son tympan d'un buste de femme et, au-dessus de son cintre, de deux médaillons".
"L'église avait primitivement deux nefs - Les piliers sont cantonnés de colonnes corinthiennes qui s'élèvent jusqu'à la retombée des voûtes - Brûlée par les Anglais, elle a été reconstruite par Charles VII dont on voit les armes aux clefs de voûtes - Aux XVIème siècle, elle a été restaurée par du Cerceau qui ajouta un latéral à la nef - Elle a été de nouveau restaurée en 1860".
"En 1793, les révolutionnaires l'ont pelée et ont fondu trois cloches sur quatre pour faire des projectiles de guerre".
"On a découvert, dans la basilique de Saint-Pierre, au Vatican, une effigie de la Face du Christ qu'on affirme authentique et qui est appendue, sous la garantie du cachet de Rome, dans l'église de Beaune, laquelle possède encore un retable en bois sculpté provenant de l'église de Saint-Victor d'Orléans et un magnifique tabernacle à colonnes, orné de statues et de sculptures dans le goût de la Renaissance".
"Le clocher, reconstruit en 1865, est remarquable par son élévation et son point de vue - Il a 79 mètres de haut, 214 marches et huit étages à partir de l'horloge - Du haut du clocher, on découvre un panorama immense s'étendant sur les routes de Montargis, de Saint-Loup, de Boiscommun, de Pithiviers, d'Egry, d'Auxy, de Juranville et le chemin de Jules César - Comme l'on conçoit que les Allemands, après s'y être fortifiés, aient choisi Beaune-la-Rolande pour champ de bataille en 1870 - On lira à la Revue historique le récit de cette bataille du 28 novembre 1870".
"Nous ne noterons ici que certains incidents - Quelques jours auparavant, le 23, les Prussiens arrêtèrent le maire sous le prétexte qu'il ne voulait pas exécuter les réquisitions ordonnées ; l'adjoint et les conseillers municipaux avaient pris la fuite - Le commandant ennemi mit la ville au pillage - On dévalisa jusqu'au meubles - Puis, on relâcha le maire qui ne retrouva plus que quatre murs de son domicile - Le lendemain, l'ennemi chargeait cent cinquante fourgons des produits de son vol".
"Les Prussiens traînaient, après eux, comme otage, M. Charbonnier, sous-préfet de Montargis, qui avait harangué patriotiquement les habitants devant l'ennemi ; M. Moreau, maire de Lorcy, sans chaussures, perclus de rhumatismes ; M. Brunet, maire de Maizières, et d'autres citoyens qui, tous, furent emprisonnés dans les salles de la mairie de Beaune avant d'être relégués dans la crypte où ils furent laissés sans nourriture et odieusement brutalisés - Le 29 novembre, ils furent promenés à demi-nus sur le champs de bataille, après quoi la plupart furent envoyés en captivité dans des forteresses allemandes".
"Le docteur Fitz-James, de Beaune, pendant ces jours de combats et de batailles, avait prodigué ses meilleurs soins aux blessé - M. Cornet, curé de Sully-sur-Loire, alors vicaire à Beaune, s'est aussi prodigué pour soigner les blessés".
"Le 25 novembre, un conseil de guerre prussien avait condamné à mort et exécuté dans le cimetière de Beaune le sieur Guillon, de Boiscommun, accusé d'être "franc-tireur".
"Un monument commémoratif de nos soldats morts sur le champ de bataille a été élevé à Beaune".
"Au XVème siècle, il existait un village de Provinville, sur la route de Boiscommun, où Louis XI couchait en passant - Il a disparu au XVIème siècle".
"L'ancienne voie romaine, de Sens à Orléans, passait par Beaune - On l'appelle encore le "Chemin chaussé".
On peut lire dans l'Indicateur Général du Loiret de 1926 ce qui suit :
"Beaune-la-Rolande ancienne petite ville ruinée par les Anglais en 1429 - Un combat y fut livré en 1870".
Curiosités : L'église Saint Martin, crypte du XIIème, reconstruite XVème siècle - la flèche de son clocher a été reconstruite en 1865 et le portail est de style Renaissance - Elle possède un retable en bois sculpté et des tableaux du XVIIème siècle.
L'ancien cimetière s'ouvre avec une porte du XVIème siècle - Les halles datent de 1769 - Il ne reste que la base de l'ancien moulin - La Croix du chemin Saint-Etienne date de la fin du XIXème siècle - Quelques vestiges des fortifications du XVIème siècle - Les monuments commémoratifs de la guerre de 1870 dont celui de Frédéric Bazille - Monument à la mémoire des déportés Juifs de la seconde guerre mondiale 1939-1945.
Personnage célèbres : Frédéric Bazille, peintre au destin tragique, précurseur de l'impressionnisme, et fauché dans la fleur de l'âge au bord de la Rolande pendant la guerre de 1870.
Ressources : Petites et moyennes entreprises - Céréales - Polyculture.
Animations et loisirs : Autrefois : Fête patronale - Saint-Martin, le dimanche de la Pentecôte - Foires, le mercredi des Cendres et le 12 novembre - Marché : le mercredi - Aujourd'hui : Circuits de randonnées, dont celui de la Montagne - Association "Les Amis de l'Histoire de Beaune" - Camping.
Hameaux : Foncerive - Jarisoy - La Bretonnière - La Maizerie - La Montagne - La Pierre-Percée - La Rue Boussier - Le Bois-de-la-Leu - Les Saules - Marcilly - Orminette - Ormette - Ormes - Ormetrou - Romainville - Vergonville - Villiers.
Bibliographie : Recherches Historiques sur l'Orléanais de l'abbé Patron de 1870 - Almanachs du département du Loiret de 1882 et de 1908 - Promenades Pittoresques dans le Loiret, châteaux, monuments, paysages par M. Emile Huet, dessins de Paul Pigelet de 1887 à 1899 - -Dictionnaire Biographique et Historique Illustré de 1910 - Dictionnaire des Communes de 1926 - Indicateur Général du Loiret de 1926 - Annuaire général d'Orléans et des communes du Loiret de 1938 - Indicateur Général du Loiret de 1955 - Paroisses et Communes de France, Loiret de 1982 - Guide Pittoresque du Voyageur en France, le Loiret de 1993, réédition de 1838 - Châteaux & Manoirs de l'Orléanais de 1997 - Divers Sites Internet - Bulletins municipaux - Dépliants communaux - etc....